Copier un Maître en Art ou plutôt pas ?

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Les images qui illustrent cet article sont de wikipédia.

 

L’un des grands débats en Art est de savoir s’il faut, à titre d’entraînement, copier ou ne pas copier les « grands »… Il semblerait que depuis la nuit des temps, les hommes aient pratiqué la copie… quelques artistes « copieurs » d’antan sont : Delacroix, Rubens, Michel-Ange… et plus récemment  Elaine STURTEVANT , Richard PETTIBONE, Dominique MULHEM,  Didier CONRAD, Michel CHAMPION, André LECLERC pour n’en citer que quelques-uns, la liste serait trop longue… et… les artistes ayant par exemple copié la grotte de Lascaux pour préserver l’original. On peut visiter virtuellement ici. L’un des tableaux les plus copiés, à la fois par des Elèves du Maître et par bien d’autres, fut-et-reste la Joconde dont voici l’original :


L’exemplaire du Prado est une copie datant de l’époque de L. de Vinci  faite sans doute en même temps que l’original. Il faut pour le comprendre se rappeler qu’autrefois les ateliers étaient rares (et le chauffage aussi) et que tout le monde travaillait ensemble dans la même salle, de nombreux tableaux anciens le démontrent… même les nus étaient faits collectivement avec non seulement plusieurs peintres mais aussi du public…  De nos jours également, les artistes aiment encore se retrouver pour les « études » mais autrement, la tendance serait plutôt que chacun travaille dans son coin…  Les Disciples de Léonard de  Vinci étaient guidés dans leurs travaux mais lui-même ne touchait pas à leurs oeuvres. Voici la copie du Prado, restaurée. Elle est belle, mais ce n’est pas la « griffe » du Maître !!!

 Si copier est considéré par certains comme un Art du fait de sa complexité technique, imiter dans le sens de plagier est frauduleux… Pour rappel, le plagiat selon l’ami-Wiki est « une faute morale, civile, commerciale et/ou pénale consistant à copier un auteur ou créateur sans le dire, ou à fortement s’inspirer d’un modèle que l’on omet délibérément ou par négligence de désigner. Il est souvent assimilé à un vol immatériel« .

Examinons donc les différents  aspects  de la question:

a) copier une oeuvre d’Art ?

  • si on veut avoir une chance de bien copier il faut pouvoir identifier le style, l’écriture, le rythme, et le matériel de l’Artiste dont on s’inspire (ça peut aider d’être gaucher si l’Artiste était gaucher et droitier s’il l’était aussi)
  • en créant soi-même on peut avoir une écriture spontanée mais en imitant un autre Artiste il faut contrôler crayons et pinceaux… il faut donc dépasser sa gestuelle habituelle…
  • il faut connaître la « technique » employée avant de chercher à copier et acquérir une certaine culture en étudiant longuement l’histoire de l’Art et la technique (apprise de préférence aux Beaux-Arts)
  • une copie n’est pas à confondre avec les copiés/collés que certains Musées exposent parfois
    • copier un grand Peintre est une chose, plagier en est une autre. Le plagiat n’est pas une oeuvre de l’esprit… et on n’éprouve pas en s’inspirant d’autrui cette joie explosive que l’on ressent lorsqu’on créée quelque chose soi-même de A à Z.
      Plagier, suprême et grave faute, consiste à copier ou s’inspirer de quelqu’un sans lui demander son avis et sans le prévenir, bref c’est comme voler. Les moyens de communication modernes facilitent hélas ce genre d’opérations et j’en ai également déjà été victime mais au niveau photos. Pour un tableau plagié, on se retrouvera donc avec deux oeuvres similaires ayant chacune un autre auteur… et seul l’oeil exercé apercevra la supercherie. C’est parfois le rôle des experts (cf. CNES). Pour un tableau copié, on aura toujours l’indication du vrai auteur (et ce de préférence SUR la copie) et le copieur se fera tout « petit »… ou alors il se gardera bien de montrer sa copie…
    • Recopier à l’identique, et tout le monde s’accorde à le dire, exige des prouesses techniques que peu de personnes maîtrisent… L’intérêt d’un Artiste-Peintre, en copiant, est parfois seulement de prouver ses prouesses techniques. Car le ductus d’un Maître est quasi-inégalable. Certaines galeries sont spécialisées dans la fourniture de copies-à-l’identique-d’oeuvres anciennes, et l’une de celles qui a pignon sur rue est la Galerie Troubetzkoy. Être « copiste » est donc aussi, parfois, un métier. Les copistes travaillent souvent légalement pour les musées… ou pour de riches Emirs. Ils ont certaines contraintes techniques, comme des dimensions légèrement différentes de l’original, et interdiction de reproduire la signature. Tout copiste qui ne respecterait pas ces règles se met en infraction et est punissable par les ayants-droits de l’Artiste copié.
    • Je rappelle en passant que mes oeuvres sont toutes protégées & sous copyright :  et que si je devais découvrir une copie, imitation, supercherie ou vol d’image je ferais immédiatement appel aux services juridiques compétents en la matière. Les peintres célèbres et leurs ayant-droit font parfois appel à des sociétés spécialisées dans la préservation des droits d’auteurs par rapport aux produits dérivés commercialement exploités. Voici le lien gouvernemental à ce propos, et voici quelques autres liens intéressants : Infos droits-d’auteur Wipidéka   /   Photovoyage   LEGITEXT /    Législation   /   Exemples.
    • En contact avec beaucoup de peintres contemporains célèbres, j’en ai interrogés quelques-uns avant de rédiger cet article, et ils me disent tous que le copiage est une phase d’apprentissage à dépasser aussi rapidement que possible car elle cloisonne.

 b) ne pas copier une oeuvre d’Art ?

  • le copiste-chronique croit qu’il peint aussi bien que l’Artiste dont il s’inspire, et parfois il s’identifie à lui ce qui psychologiquement peut devenir dangereux
  • copier partiellement en y incluant une part de création permet de bénéficier de l’avantage pédagogique d’une telle démarche tout en évitant l’inconvénient de l’identification du copiste à l’Artiste-d’origine mais est-ce forcément un passage-obligé ?
  • pour moi le copiage est assimilable au piratage (avec le sens sournois de ce dernier)… il faut s’assurer qu’on ne viole pas les doits de l’auteur ou de ses descendants.
  • Parfois on trouve une oeuvre qui du fait de l’absence de descendants et de la durée qui s’est écoulée entre le décès de l’auteur et maintenant… tombe dans le domaine public mais ça reste un terrain glissant.
  • Un copiage partiel rentre dans le « droit voisin » et peut être considéré comme une adaptation. Les droits d’auteur et les droits voisins sont pénalement protégés
  • Dans les expositions internationales d’Art, une grande vigilance est exercée et les oeuvres trop largement inspirées ou carrément copiées sont retirées de la circulation.
  • Copier, ou plus exactement cloner une oeuvre, c’est finalement se faire pré-mâcher le travail… et a pour effet secondaire d’éviter le raisonnement propre de l’Artiste. C’est donc une technique à double-tranchant.
  • J’irai même plus loin en osant révéler ce que certains disent tout bas : pour améliorer leur cote artistique, d’aucuns peuvent penser que s’ils démontrent avoir les mêmes capacités qu’un Maître… ils seront plus reconnus… mais concrètement l’Artiste se nuit plus qu’autre chose car son intégrité ne sera jamais plus la même (je parle ici des copies plagiées et contrefaites puis  exposées, pas du labeur personnel et privé consistant à assimiler une technique)

Ici, pour tester l’effet que cela fait de copier,  et savoir de quoi je parle (ceux qui me connaissent savent que je ne donne jamais aucun conseil, absolument aucun, sans avoir testé moi-même, dans quelque domaine que ce soit…) j’ai suivi l’idée d’une amie en interprétant un autoportrait de Gustave Courbet que voici :

mais l’original est une huile et techniquement en aquarelle il est très difficile de faire exactement pareil si l’on n’utilise pas le même médium. Les procédés sont diamétralement opposées. J’ai donc choisi de m’inspirer de ce portrait mais de l’interpréter à ma manière et en fonction de mes compétences du moment car celles-ci sont comme chez tout Artiste évolutives. Il fut intéressant pour moi de travailler à plusieurs (mais chacun seul, pas ensemble comme autrefois), sur ce projet de copie, mais j’avoue que j’envie un peu les élèves des bons-vieux-Maîtres qui avaient le privilège d’être aux premières Loges et de recevoir les directives techniques leur permettant ensuite eux-mêmes de réussir ! Contrairement aux workshops actuels qui apprennent « un peu »… l’apprentissage autrefois était l’affaire de toute une vie… Séquence-nostalgie par rapport à l’époque où l’on savait prendre son temps et où le mot « qualité » avait toute son importance.


Neutre & sans jugement aucun, je laisse le lecteur se forger sa propre opinion, faire ses propres expériences, mais j’espère de tout coeur avoir contribué à vous faire découvrir les choses sous un angle « neuf ».


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Mise à jour du 10 février 2014 :

Après discussion avec de vieux Enseignants (Beaux Arts à l’étranger… certaines écoles sont encore meilleures qu’en France…) je me dois de faire un rajout,  par rapport non pas à la peinture,  maix aux  DESSINS DES MAITRES.

Ils constituent  la meilleure ressource pour apprendre à dessiner parce que les grandes décisions ont déjà été prises. Notre tâche est d’analyser ces décisions et de ne pas copier le dessin. Être en mesure de reproduire le travail n’est de loin pas aussi important que de COMPRENDRE comment le travail a été fait.

 

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Art, tracés & astuces de reproduction

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Article actualisé le 1er septembre 2016



Dans toutes les époques… les hommes ont tenté d’immortaliser une partie de leur vie et de leurs émotions… et le dessin est né. Je vous propose de suivre au fil des temps la manière dont l’Artiste travaillait et s’organisait…

Art pariétal et rupestre à la préhistoire

A l’époque préhistorique  où le langage n’était pas connu, les fresques murales et dessins sur écorce transmettaient aussi d’une génération à l’autre un précieux savoir.

Tout dessin supposait une réflexion préalable puisqu’il a fallu trouver le support mais aussi le pigment puis broyer celui-ci en veillant à ce qu’il se conserve dans le temps. Qu’il s’agisse de dessins gravés ou peints, les hommes préhistoriques utilisaient au mieux les rares surfaces qu’ils avaient à disposition, généralement des grottes (un support moins connu… l’os). Qui dit « rare surface » dit aussi superposition. D’ailleurs même dans des temps plus récents, dans leurs études les Artistes ont souvent superposé différents travaux pour limiter leurs frais…

Pourquoi des grottes ? tout d’abord pour préserver leurs dessins, mais aussi, plus concrètement, parce qu’à l’époque un artiste qui aurait travaillé en plein air se serait aussitôt fait attaquer par un animal aux crocs acérés… Les dessins & gravures préhistoriques diffèrent beaucoup selon les régions géographiques et déjà à l’époque chaque contrée avait son style propre.  Les artistes de la préhistoire faisaient également du modelage mais peu d’objets ont pu être préservés jusqu’à nos jours. Les artistes de la préhistoire maîtrisaient déjà le travail en négatif, le travail en monochrome, bichrome ou polychrome, mais aussi le pointillisme, l’art par les empreintes,

La technique utilisée pouvait être le doigt, la main, le soufflé, le pochoir et l’utilisation d’ombres « chinoises » pour reproduire un tracé juste dans une zone exigeant que l’on travaille sans pouvoir prendre le recul nécessaire. (ceux qui auront déja peint couché sur un échaffaudage sauront de quoi je parle…).

Les Artistes préhistoriques s’éclairaient à la torche et aux lampes à graisse faciles à fabriquer avec une mèche animale ou végétale. J’ai appris à en fabriquer…
Le feu faisait partie intégrante de leur vie (et la préservait même)…  du coup ils apprirent très vite à utiliser les ombres dans leurs fresques. Très controversée par les puristes, cette réalité (car c’est plus qu’une théorie) n’exclut cependant pas la Créativité puisque pour projeter un mammouth au mur il fallait d’abord le modeler sur un support plus petit… Il faut donc voir les choses avec réalisme et féliciter nos Ancêtres d’avoir su exploiter un travail de création au point de le réutiliser plusieurs fois. Chose que nous faisons couramment de nos jours sans que personne ne s’en offusque (exemple : un artiste qui vend des produits dérivés reprenant ses créations). L’avantage indéniable d’une telle « projection » d’ombres… est que sur une surface comportant déjà d’innombrables tracés, l’Artiste y voyait clair par rapport à la nouvelle création s’y superposant. Il pouvait facilement créer des scènes de chasse… ou relater des histoires chamaniques pour ses descendants. Plus tard des symboles viendront s’y greffer…

post-préhistoire

L’âge de la pierre, du bronze, du fer  et les périodes plus récentes qui s’en suivirent amena une série de changement tant au niveau du mode de vie que du mode de pensées et naturellement de l’Art.

Il est communément admis que l’homme entra dans l’histoire avec la création de l’écriture, ce moyen de communication est aussi associé à l’invention du papyrus, du parchemin puis du papier. 

Ce fut  petit à petit la naissance des créations artistiques telles que nous les connaissons… avec :

> en Orient le Calame, la plume d’oiseau et le pinceau
> chez les Romains des pointes métalliques enduites de pigments
> en France les plumes
> puis un peu partout les pinceaux.


Naquirent ensuite les notions de perspective… et l’établissement des règles permettant un rendu juste.

Au 15ème siècle vit naître des Génies et j’admire énormément les travaux du florentin Léonard de Vinci.  Je pense sincèrement que son immense talent restera à jamais inégalé. Cet Artiste faisait de magnifiques études et des copies de ses travaux furent par suite réutilisés par d’autres artistes… ce qui nous montre que vraiment… à toutes les époques, les techniques de reproduction d’un bon travail furent ré-utilisées. Mais le but essentiel de ces astuces de reproduction est et reste le travail en série !

Albrecht Dürer écrivit en 1525 un traité sur la perspective intitulé : « Underweysung der Messung mit dem Zirckel und Richtscheyt »mais cela ne l’a pas empêché dans ses dessins de se servir de toutes les astuces possibles et imaginables comme en témoignent ces deux gravures le montrant au travail (images publiques) :


Au 16ème siècle les Artistes-Peintres visaient avant tout l’efficacité, ils n’avaient pas à prouver qu’ils savaient dessiner (et il le savaient même très bien).
Le 17ème Siècle connu la création et l’essort de plein de nouvelles techniques dont certaines furent élaborées par des artistes célèbres comme par exemple Rembrand, Nicolas Poussin

L’utilisation d’astuces naquit avec ce que je nommerais les « productions artistiques ».

La chambre noire fut rendue « portative » et permit aux Artistes du 16ème et 17ème siècle de reproduire plus facilement leurs sujets.

Je pense très sincèrement que tous ces  Artistes avaient largement les bases nécessaires pour dessiner eux-mêmes de manière juste le(s) sujet(s) qu’ils avaient sous les yeux mais que pour gagner du temps (produire « plus » en moins de temps) ils ont eu recours ponctuellement aux systèmes dont à leur époque ils pouvaient disposer. J’évoquerai ultérieurement les avantages et inconvénients pour l’Artiste de s’en servir, cet article-ci se veut neutre et documentaire.

Voici quelques Artistes qui ont largement et de manière vérifiable utilisé des astuces de reproduction sont :
> les artistes égyptiens (agrandissement au carreau)
> Giovanni Battista Naldini (mise au carreau)
> INGRES (calque)
> DEGAS (calque par fusain ou transfert du fusain sur papier humide)
> DÜRRER
……………….

Selon la nature de son travail, et son âge… l’Artiste moderne a le choix entre différentes techniques

J’évoquerai ultérieurement la question d’éthique et les avantages & inconvénients de se servir (ou PAS) de ces méthodes mais il paraît important de rappeler que de tous temps cela fut fait.

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