Mein Pferd… mon CHEVAL

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actualisé le  09 janvier 2016

 


 

en passant à WordPress, mon récit, publié jadis dans Cheval Magazine, s'est perdu... le voici... pour mes amis... écrit par mon 2ème cheval...

 

J’étais un cheval parmi tant d’autres…

 

Permettez-moi de me présenter : je suis un malicieux petit alezan.

Né en région parisienne, j’ai passé quelques « lunes » à gambader et échanger des tendresses avec maman, puis on m’a inculqué les élémentaires notions de politesse envers les bipèdes.

Cela n’a pas été facile, car j’ai plus d’un tour dans mon sac. Une fois en âge d’aller travailler, on m’a fait voyager un peu partout, là où il y avait des concours intéressants.

J’en ai vu, des obstacles. Jusqu’au moment où j’ai commencé à ne plus toujours faire ce qu’on attendait de moi…

ALSACE | REICHSHOFFEN | PEINTUREMAMANLOTUS | CHRISTIANE ALLENBACH |CHEVAL ARABE

Un jour, grâce à celui qui m’arrangeait les sabots, j’ai été amené là où montait celle qui allait devenir ma « maîtresse-fournisseur-de-récompenses » et qui désormais, allait devoir faire de sacrées économies.

Lorsque je suis arrivé, il faisait froid, et tout était blanc dehors. BRRR… Dès que je respirais fort, du givre se collait à ma barbe, et, pour m’en débarrasser, je devais frotter mon nez contre l’épaule de ma cavalière. Cavalière qui, dès le tour d’essai, fit trois jolis vols planés, car j’avais envie de frimer un peu.

Pourtant, elle ne s’est pas découragée, et venait me monter chaque jour. Un peu timide au début, j’ai vite pris l’habitude de fourrer mon nez dans sa crinière brune dès qu’elle arrivait. Cà la faisait bien rire.

Et moi, j’étais « aux anges » : jamais quelqu’un n’était resté aussi longtemps avec moi en-dehors du « travail ».
Tantôt elle me contemplait tout en me flattant l’encolure (hm !) tantôt on jouait : j’ai, entr’autres, appris à lui ôter son chapeau, à lui dire bonjour en donnant mon antérieur.
Quand je faisais mine de comprendre le truc, je recevais carottes et félicitations.

 

Au travail aussi, nous fîmes plus ample connaissance, mais je lançais toujours des ruades à droite et à gauche, quitte à être grondé.
Il est vrai que la croûte que j’avais depuis longtemps au garrot me démangeait drôlement. Elle a fini par s’arracher, car je me démenais comme un fou.
Dur, dur, pour ma maîtresse, de s’approcher de moi pour me soigner.
Les gros-mots s’étant avérés inopérants, elle eut recours à quelques bonnes paroles.

Pendant toute une lune, elle me fit faire de l’exercice sans grimper sur mon dos. Des fois, on allait au manège, où elle me laissait galoper mais pas me rouler par terre. Des fois, on faisait de longs trottings en forêt, dans la neige, elle devant et moi derrière. On franchissait même les petits obstacles du cross de cette façon, et, au bout d’une heure, elle soufflait plus fort que moi. Je vous assure que, ma convalescence terminée, elle était un peu plus légère, « ma » cavalière.

Lorsque les arbres ont de nouveau commencé à avoir des feuilles, on a fait de très belles promenades. Au début, j’avais mes propres idées quant à l’itinéraire et aux allures, mais, au bout de quelques sorties, j’ai compris qu’il valait mieux suivre les indications qui m’étaient données. J’ai ainsi appris à économiser mon énergie lors des randonnées, quitte à faire quelque facétie le lendemain, quand elle me croyait fatigué. Vous savez, j’ai plein d’idées, sous mon fin toupet couleur miel et renard.-

Lorsqu’il a commencé à faire très chaud, je suis allé en villégiature dans un charmant petit village, tout près du domicile de ma maîtresse. Ah ! Si vous m’aviez vu lui faire découvrir le lever du soleil, l’accueillir d’un hennissement que d’ailleurs elle reconnaîtrait entre mille, galoper ventre à terre en forêt, en frôlant les feuilles toutes mouillées (douche gratuite). Si vous m’aviez vu, plonger le nez dans l’herbe haute et parfumée, me rouler, les quatre fers en l’air, juste après un pansage minutieux, et me relever en décrochant une ruade… Cela fait du bien au moral, un petit changement de décor. La preuve, c’est que j’avais de l’énergie à revendre. Moi qui d’habitude arbore un air calme, je ronflais doucement, en écarquillant les naseaux, dressant fièrement mes petites oreilles, prêt à bondir en avant…

CHRISTIANE ALLENBACH | ESQUISSE CHEVAL

CHRISTIANE ALLENBACH | CHEVAL NIUn jour, lors de ma traditionnelle douche du samedi, j’ai pris mes sabots à mon cou, cassant un énorme pot de fleurs. Et j’ai fait courir ma maîtresse, histoire de lui causer de petites émotions.
Naturellement, nous avions en–suite du coton dans les jambes. Rien de tel qu’un petit repas pour se remettre d’aplomb : carottes et pommes-de-terre + céréales d’un côté, sandwich au fromage de l’autre (hennissement : « dis, tu me fais goûter un peu du tien » ?)

Maintenant, les jours commencent à se raccourcir, les arbres perdent leurs feuilles. Rien ne paraît avoir changé et pourtant tout a changé.

Je suis triste.
A l’écurie, on murmure que je ne suis plus « le sien ».
Elle vient souvent me rendre visite, mais je sens qu’elle n’est plus la même. Je ne comprends pas. J’étais pourtant très gentil, l’autre jour, quand nous avons fait notre dernier cross : j’ai donné mon maximum sans être sollicité. Ensuite, petit galop ventre-à-terre, puis pas, retour aux écuries, douche des pieds et… carottes. Mais, après avoir dévoré ma récompense, j’ai eu à lécher l’eau qui ruisselait sur ses joues. Bizarre…

Pourquoi réagit-elle à peine lorsque je viens mettre ma tête sous son bras, ou lorsque je demande à être caressé ?
Pourquoi me tend-elle maintenant les carottes de loin, et pas comme d’habitude, tout près et la main sur ma nuque ? Elle qui aurait crevé les yeux à celui qui se serait permis des familiarités avec moi, pourquoi laisse-t-elle maintenant d’autres me faire travailler et pourquoi ses yeux brillent-ils tellement lors–qu’elle me regarde ?

 

Pourquoi vient-elle parfois en clopinant, carotte à la main, alors que çà fait une éternité que je ne l’ai pas fait tomber à terre ?

Sous mon front, les idées se bousculent, mais j’ai pris l’habitude de voir d’autres personnes s’occuper de moi.
J’ai compris que désormais, ma vie serait réglée comme du papier à musique, au rythme du club.
Jamais plus, « elle » ne me fera une surprise en venant me voir à trois heures et de mie du matin, ou à neuf heures du soir…
Jamais plus, je n’aurai la joie de lui faire une démonstration de trot allongé en pleine promenade.
Jamais plus, je ne pourrai lui demander (en tournant une oreille) de chasser une mouche sur ma croupe.

Non, nous n’irons plus à travers bois à l’affût d’un groupe de chevreuils, nous ne guetterons plus l’envol ou d’une buse.
Nous ne ferons plus la course avec un adversaire invisible, nous n’irons plus rendre visite aux vaches du village voisin, avec lesquelles j’aimais tant manger un brin d’herbe.

 

Jamais plus, on n’aura l’occasion de s’entr’aider dans les passages difficiles…
Dorénavant, il va falloir suivre les sentiers battus, et rester derrière les autres…

J’étais un cheval parmi tant d’autres, je suis devenu « le sien » et maintenant je suis à nouveau un cheval parmi tant d’autres.

Je survivrai, je le sais, mais « elle », survivra-t-elle ?

nb. je ne mets pas en ligne la seule photo que j’ai où je me trouve sur mon 2ème cheval… j’y tiens trop… merci de votre compréhension. Maintenant… je ne monte plus mais je les peins.

DE VELOURS 36 x 25_5 ARCHES

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