Trait ou masse, en dessin ou peinture

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 actualisé le 29 avril 2017


 

La plupart des personnes construisent leurs peintures comme on construirait un coloriage. Le résultat est très différent… voyons cela en détail.

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DESSIN PAR LA LIGNE

En dessin, l’enfant ou le débutant commençe généralement par poser les formes telles que nous les connaissons… Donc pour un oeil, on pose le contour et on pose la couleur… cette démarche, poussée dans sa perfection, peut aboutir à des peintures trop « léchées » ayant un rendu plus qu’artificiel même si le style voulu peut devenir hyper-réaliste.

Il faut donc faire la distinction entre le dessin au trait destiné à rester tel quel, et là le trait « juste » prend toute son importance. Voici un exemple d’étude au trait attribuée à Bloemaert  (image de chez Wikipédia) qui nous montre qu’un trait juste peut se passer de couleurs…

J’irai même plus loin : le trait s’il est juste peut aussi se passer d’ombres même si parfois elles sont suggérées… tout est dit PAR LA LIGNE

Il est bon de connaître toutes les techniques et de choisir laquelle convient sur le moment à ce que l’on veut faire ou alors de parfois les mélanger allègrement pour un travail qui a du cachet.

donne de bons résultats à la ligne… le tradio que l’on peut combiner par un pinceau à réserve d’eau pour un rendu plus fini…

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DESSIN PAR LES HACHURES


Aux Beaux-Arts on apprend toutefois à aborder l’oeuvre autrement… Au lieu de dessiner le contour, on pose les principales « masses » par le biais des hachures. Pour ce faire, sur le papier, on commence par mettre une petite croix là représentant le soleil. Ensuite on hachure logiquement son sujet sans en faire les contours. Je fais mon exemple au STYLO à ENCRE pour un meilleur rendu photographique. Les hachures n’ont pas besoin d’être mathématiquement exactes, voir exemple, mais ce sont elles qui vont nous permettre de poser les valeurs puis les contours, sachant que tous les contours n’ont pas forcément besoin d’être précisés… l’effet n’en sera que meilleur.

Ensuite on fait petit à petit l’ébauche des contours. Ici sur un petit sujet unique les traits ont le même sens mais sur une grande scène les traits pourront avoir un sens différent. Voir résultat plus loin…

D’aucuns trouvent cette technique plus compliquée que la construction par les formes géométriques (donc en plaçant les lignes dans un volume). Mais elle est la seule qui convient pour dessiner sur le motif en plein air une scène un peu compliquée, car elle permet de ne pas trop avoir à regarder sa feuille… et de placer les ombres aux bons endroits. Voici un exemple réalisé en pleine nature, dans lequel on aurait fini par « loucher » en choisissant d’aborder uniquement le travail par la ligne…

La technique des hachures permet de saisir l’essentiel en fort peu de temps, et donne un aspect spontané au dessin. Autre avantage, on s’écarte du rendu trop scolaire d’un croquis…

En résumé : les contours sont remplacés par des hachures ou des groupes de hachures, et les détails sont posés petit à petit. On peut peaufiner ou juste suggérer… c’est dans tous les cas sympa. Ici le stylo était à l’étroit sur trois sujets pour un papier A4 mais en grand format cette technique est des plus sublimes…

Sur le motif donc sujet devant soi, il faut plisser les yeux au lieu de les garder normalement ouverts.

Voici donc des roues de camion normales (ci-dessus) et maintenant, voilà comment on peut les percevoir une fois les yeux plissés : les zones ombrées sont renforcées et le tout est légèrement flouté… En peinture, cette manière de regarder aide beaucoup.

Les hachures permettent donc d’aborder à la fois les masses et les valeurs…

La ligne et la masse peuvent se côtoyer, mais en phase d’apprentissage il est bon de séparer les techniques. Par la suite c’est l’approche de l’Artiste qui déterminera si le travail part des masses ou des contours…  Les lignes & contours conviennent aux études sur les proportions, aux silhouettes, aux arrières-plans… L’approche par les masses convient aux ambiances et au sujet principal.

En dessin, les masses peuvent être suggérées par des hachures simples à un seul sens, ou un entrecroisement de hachures. En aquarelle, on va jouer sur les lavis, les superpositions, les injections de couleur en zone humide…

Ce qui est important c’est que le spectateur doit clairement voir le choix de l’Artiste. Les essais tièdes sont donc à proscrire… il faut franchement utiliser la technique choisie.

Le pinceau petit-gris permettra de faire des lavis à l’Encre et à l’Aquarelle pour dégager les masses qui seront ensuite retravaillées par le rythme et certains détails…

Ceux qui ont appris à dissocier cerveau-droit et cerveau-gauche apprécieront les masses car elle fait appel à la partie DROITE du cerveau ! yessss !

L’idéal c’est bien sûr… on ne le répètera jamais assez… de faire avant toute aquarelle une vignette ou miniature monochrome, en y inscrivant les masses et en réduisant les valeurs à trois ou quatre. C’est très formateur et permet d’aborder autrement la suite. Les valeurs seront abordées séparément…


Cet article sera régulièrement actualisé car peu importe notre niveau, nous n’avons jamais fini d’apprendre. C’est tout simplement passionnant.

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Comment faire un portrait-robot… de mémoire

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Nous savons tous ce qu’est un portrait-robot  et  dans quel contexte on peut l’utiliser. Sur le plan artistique, il peut parfois arriver que l’on n’ait ni ses crayons en poche ni son appareil-photo mais que l’on ait tout de même envie de mettre sur papier des traits qui nous ont particulièrement marqués…

Il existe actuellement des logiciels informatiques pouvant techniquement établir un portrait-robot de face ou de profil mais ceux-ci ne sont pas… artistiques !

Etant un perpétuel point d’interrogation, et ayant justement aujourd’hui été marquée par un visage en particulier,  j’ai voulu faire une autre démarche que d’habitude, où je pars d’une observation méticuleuse et, en passant par les canons, j’essaie de mettre au mieux cela sur papier. Je ne parle ici pas d’un portrait aquarelle tel qu’il est fait en atelier… mais des études et esquisses comme on pourrait en faire  en déplacement et sur le vif. Voici donc cet exercice… heu pas évident on va dire… mais faisable…

Travailler sur un être vivant dans la rue ou dans un endroit public est tout un sport, on est souvent debout et pressé car le sujet bouge…

Tenter d’établir un portrait robot nécessite quelques aptitudes et démarches que je vais ici tenter d’expliquer pour qui voudrait se laisser tenter…

  • la sélection
    • bien que souvent je désespère de n’avoir pas le temps de dessiner tout ce que je vois ou tout ce que j’aime… je fais une sélection de ce que je mets sur papier. Celle-ci peut  se baser soit sur une pure technique lorsque par exemple je travaille sur un sujet particulier et que celui-ci se présente devant moi… soit alors une émotion lorsqu’un sujet (objet, animal, humain) me rappelle quelque-chose de particulier.
  • le regard de l’artiste
    • Le regard d’un artiste est différent du regard de la masse. Il s’apparente un peu au regard du photographe mais en mieux. En effet le regard technique du photographe est une interface entre sa réaction face à un sujet et son envie de faire fonctionner son appareil. Le regard d’un Artiste capte parfois la quintessence de son sujet… et pendant que la partie droite de son cerveau enregistre ces informations, la partie gauche de son cerveau est en train de brasser les données techniques : comment mettre ceci sur papier… l’idéal étant bien sûr que les deux parties travaillent en harmonie ou dans une saine alternance.
      J’avoue que je mets souvent des lunettes teintées  lorsque je sors car mon regard d’Artiste est mal interprété. Fixer une personne de manière soutenue, en l’absence de papier pour dessiner, est mal compris… et à l’heure où tout le monde ne jure que par la productivité et l’efficience il n’est pas bon de se démarquer en s’intéressant aux lignes, formes, couleurs, personnalité ou Âme… Dessiner mentalement un contour doit donc se faire discrètement… mais avec zèle car la main n’est que le prolongement du cerveau…
  • apprendre à la main à rendre ce que l’on perçoit
    • travailler régulièrement
    • dans le cas d’un portrait robot, sur base des canons et de l’angle de vue (face, profil, trois-quarts) on tentera de dessiner au crayon quelque-chose qui se rapproche de l’image qui s’est imprimée en nous
    • de même que si on nourrissait un logiciel… au crayon on change un par un les yeux, le nez, la bouche… jusqu’à ce qu’au final on obtienne un résultat satisfaisant et ressemblant à ce que l’on souhaitait fixer.
  • En perpétuelle « évolution » et consciente des progrès restant à faire pour un adulte (car les enfants ont les capacités d’observation nettement  « plus » développées) je tente néanmoins régulièrement cet exercice de mémoire.

Pourquoi vouloir dessiner sans avoir son sujet devant les yeux ?

L’utilité première pour moi c’est que je me suis rendue compte que j’avais énormément d’esquisses inachevées du fait que le sujet a bougé trop tôt… J’ai donc trouvé dans cet exercice non seulement la joie d’arriver à re-créer quelque-chose… mais aussi l’assurance de pouvoir finir mes esquisses entamées si le coeur m’en dit. Je précise que je n’ai pas toujours envie de terminer car cet aspect inachevé ouvre la porte à l’imagination et fait rêver. En Art c’est important. Mais savoir que si je veux, je peux terminer, c’est bon pour le moral. L’Art n’est pas que don & aptitude, il est constitué de 90 % de boulot !!! alors à vos crayons !

Mettre un sujet préalablement observé sur papier après un certain laps de temps et sans support nécessite un peu de mémoire mais pas autant qu’on pourrait le croire. Faire de manière automatique quelques « associations » peuvent grandement aider le crayon à trouver des automatismes et on a alors l’impression que le dessin prend vie tout seul… Avoir d’abord une vue globale puis une vision intérieure des détails permet de restituer correctement quelque-chose pour peu qu’au départ la concentration ait été suffisante.

Voici quelques exercices pour arriver facilement à faire un portrait robot…

Dessins & esquisses rapides

Je l’ai inventé dès que j’ai eu internet… en suivant sur le web ce que deviennent mes amis… il faut donc : un ordinateur, du papier, des crayons ou mines-graphite.

En 3 mn chrono, dessiner des sujets tels que des animaux, des fleurs, des vases… Veiller à aller à l’essentiel en commençant par des traits aussi corrects que possible, et n’ombrer que s’il reste du temps. Penser que le trait juste est prioritaire par rapport aux ombres et au modelé. Un modelé sur un sujet « faux » est du plus désastreux effet…
Cet exercice est un bon entraînement pour acquérir une vision globale d’un sujet, sans trop entrer dans les détails…


Exercices de concentration et de mémoire

Me rendant compte que l’exercice précédent pouvait rebuter ceux qui se lancent dans le dessin, voici une version simplifiée de l’exercice. Même ceux qui dessinent déjà bien ont avantage à la pratiquer au moins une fois par semaine durant une demi-heure.

Travailler sur le motif (indoor ou outdoor) et PAS sur base d’une image. S’aider de mon système cartonné pour délimiter le sujet.
Nous avons donc (idéalement) un sujet simple, par exemple des fleurs en plein air. En voici la photo :

Délimiter le sujet avec ce système, sachant que notre support aura les mêmes repères. Au début on tracera les lignes, par suite seulement les quatre coins… puis ces repères existeront seulement mentalement…

Dessiner de manière simple les contours du sujet ainsi que  tout ce qui touche les bords de notre cadre… C’est un travail d’OBSERVATION, pas de dessin alors faire passer la concentration avant le reste… Ceux qui n’ont pas l’habitude de dessiner avec la partie droite de leur cerveau gagneront à compartimenter leur « rectangle » par le biais d’une croix allant à chaque « coin »…

 

La colorisation est facultative… personnellement je n’en vois pas l’intérêt dans le cadre de cet exercice.

Une fois cet exercice devenu une habitude… on passera à la phase suivante consistant, une fois le sujet « cadré » sur papier… à observer longuement le vrai sujet… et à essayer de restituer ensuite le dessin en s’aidant des points de repères notés mentalement… mais sans plus regarder le dessin.

Exemple de ma réalisation et de celle d’un « cobbaye » en train d’apprendre la technique, au potentiel prometteur. Je l’ai fait marquer en rouge les repères faisables à partir de la division de feuille par croix…


Au début on ne va pas chronométrer ces exercices de mémoire et de concentration, on va juste chercher à faire vite. Puis petit à petit, l’objectif est d’arriver à 90 secondes, quitte à se contenter d’une esquisse inachevée.


Ceux qui préfèrent garder trace de leurs croquis pourront bien sûr choisir un carnet… voici l’un des miens, de Fabriano. Il fait 15,5 cm sur 21 cm et est aussi pratique à emmener mais… les feuilles sont minces donc pas question d’utiliser recto-verso les pages. J’ai un petit carton pour éviter d’abîmer la page suivante…

Un test pour savoir si l’exercice est réussi… c’est de le montrer à… des enfants. Leur réaction sincère et spontanée est parfois éloquente… ou alors indique qu’il y a encore des progrès à faire. Les miens sont parfois « caustiques »… mais ils ont l’oeil très technique.  Sinon, un adulte « neutre » peut aussi vérifier que les formes mises sur papier restituent bien le sujet dessiné. La beauté ici n’entre pas en ligne de compte. L’exercice a pour but d’augmenter dans notre cerveau la « RAM » par comparaison à la capacité Random Access Memory d’un ordinateur. Le stockage temporaire du cerveau est à comprendre comme un tiroir où l’on mettrait les informations destinées à servir pendant un court laps de temps… Un autre exercice du même style consiste, en ville, à fixer une vitrine de magasin une seule minute puis à réciter par coeur le nombre d’objets que l’on aura pu retenir… avec bien sûr un témoin pour vérifier, sinon se les noter et contrôler…

Ces exercices alternatifs permettent à l’Artiste de finir un oiseau qui se serait envolé avant que le dessin ne soit terminé et dans le cadre de l’exercice du jour, à finir notre fameux portrait-robot car le sujet bien sûr ne sait même pas qu’il aura fait l’objet d’un travail artistique…

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