Gestion des imprévus | artiste professionnel

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Ayant évoqué les contraintes de cette profession dans un précédent article, je souhaite ici mettre l’accent sur un autre point, souvent lié à notre activité, à savoir : la gestion des imprévus voire du stress pouvant en découler.

Un événement imprévu qualifiable aussi de tuile ou de pépin… peut surgir à tout moment et compromettre tout ou partie d’un projet parfois important…

Dans la vie tout court comme dans la vie professionnelle, les imprévus sont incontournables et même avec maintes précautions en amont on ne peut pas tout à fait les écarter. Mais en ayant les bonnes réactions, des compétences avérées et si possible dans beaucoup de domaines, cumulés à une créativité sans limites se manifestant par l’Art d’improviser… on arrive à peu près à s’en sortir…

Il faut déjà distinguer entre les événements sur lesquels nous pouvons agir et ceux face auxquels nous sommes impuissants et avec lesquels il faudra composer en essayant juste de minimiser les dégâts… Qui m’a appris à discerner de la sorte ? tout simplement Epictète… le roi de la Sérénité…

EVENEMENTS SUR LESQUELS NOUS POUVONS AGIR

 

actions préventives en amont

  • monter son projet en prévoyant le plan A (initial) assorti d’un plan B et même d’un plan C… la construction-par-anticipation, c’est la sérénité garantie…
  • avoir une réflexion personnelle par rapport à son mode de fonctionnement et essayer de prévoir tous les cas de figure
  • savoir s’entourer de professionnels compétents si besoin est…
  • développer ses capacités d’improvisation mais ne pas s’attendre à ce que les poulets-rôtis-tombent-du-ciel… il y a derrière la faculté de pallier au plus pressé ou d’innover si besoin est… toute une panoplie de compétences… qu’il faut développer au fur et à mesure de sa trajectoire professionnelle. Pour ma part, avoir eu des postes à responsabilité dans le monde salarié avant d’avoir été artiste m’a énormément appris… affronter l’imprévu s’apprend…
  • calculer les risques que l’on prend en sachant trouver le juste milieu entre zéro-risque (donc aussi zéro-action) et de gros risques pouvant très vite devenir dramatiques… Dans le monde de l’Art où tout est souvent un défit… il faut savoir garder les pieds sur terre et cela passe aussi par une re-définition réaliste de ses propres objectifs et les moyens les plus sûrs de les mettre en oeuvre…

actions limitatives pendant les dégâts

  • enclencher le plan B ou C préparé à l’avance
  • acquérir parfois rapidement de nouvelles compétences permettant de continuer à agir là où d’autres baisseraient les bras

 

actions curatives après dégâts

  • un défaut de planification ou de compétences est parfois dramatique mais on peut également être confronté(e) à de gros problèmes complètement indépendants de notre volonté, qu’il faut alors apprendre instinctivement à gérer au mieux…
  • Voici quelques exemples (non exhaustifs) d’imprévus pouvant être solutionnés par l’Artiste réactif et professionnel mais je tiens à souligner aussi qu’un excès de précautions peut très vite devenir contreproductif…
  • une avarie de transport
    Préférer l’envoi décadré et sous rouleau mais en cas d’envoi encadré, apprendre au client comment faire à la livraison des réserves permettant le recours juridique contre le transporteur. Si c’est juste la vitre qui est cassée, pour une somme modique elle peut être remplacée. Toujours préférer les arrangements à l’amiable plutôt que les litiges juridiques…
  • un livraison bloquée chez un transporteur
    Client absent… l’Artiste n’est pas responsable et il suffira de patienter… mais si l’envoi est bloqué à cause d’un facteur inhérent au transporteur il faut une action immédiate et concrète de l’Artiste pour y remédier avec bien sûr prise de contact au niveau du client…
  • perte d’un colis
    Là il y a gros préjudice et déception du client… c’est très difficile à gérer pour l’Artiste surtout qu’un tableau ne peut jamais se refaire à l’identique – Certains clients renonceront alors à leur achat et il faudra les rembourser, d’autres accepteront une création similaire contre une compensation financière ou un autre geste commercial. Ne pas négliger non plus le recours contre le transporteur… pour les oeuvres importantes il faut toujours prévoir en amont par le biais d’une assurance spéciale.
  • grève Sncf
    Bien qu’ayant déjà énormément conduit… pour raisons de coût je me sers des transports en commun dès que faire se peut… Il faut parfois prendre en compte le fait de devoir sérieusement dévier de sa trajectoire initiale pour arriver au but et toujours avec retard… ainsi je me suis retrouvée à Paris en ayant réservé un train direct Avignon-Strasbourg mais il faut accepter que cela puisse arriver tout en espérant que cela ne sera pas le cas…
  • panne de voiture (perso ou location)
    Toujours partir à temps pour qu’un souci technique se transforme au pire en léger retard… et penser à prévenir les intéressés dudit retard… Cet incident se gère plus facilement si on planifie correctement son déplacement en partant avec une série d’adresses de garagistes situés sur le trajet choisi.
  • rendez-vous d’affaires manqué
    Certains RV-loupés ne se rattraperont jamais, d’autres pourront être reportés, à voir au coup par coup. Mais ils sont souvent assortis pour l’Artiste à des frais importants de déplacements… donc pertes sèches…
  • beug de logiciel (comptable ou autre)
    Personne n’est à l’abri et j’ai eu droit pour ma part à un beug partiel nécessitant d’importantes démarches pour rectifier le tir. On peut prévoir partiellement ces soucis avec des sauvegardes régulières mais c’est très « lourd » de les faire chaque jour et seules les entreprises le font… Il faut donc trouver des alternatives satisfaisantes commes confier à un tiers fiable certaines de nos données ou de laisser un professionnel gérer les données sensibles avec le coût que cela implique.
  • formation – cours
    Une formation qui saute n’est généralement pas dramatique pour un Artiste si c’est lui qui la reçoit… car cette activité nécessite une grande souplesse d’esprit et de facultés d’adaptation… Mais si c’est l’Artiste qui doit dispenser lui-même une formation il a pris des engagements… et sauf cas de force majeure il doit les honorer. S’il ne peut pas non seulement il doit rembourser intégralement les intéressés mais il lui en sera forcément tenu rigeur… bref son image de marque en souffre. A titre d’exemple, un Artiste ayant refusé de former un groupe parce que les personnes n’étaient pas venues en nombre suffisant donc que ce n’était pas rentable… a pour moi une attitude absolument inadmissible. Il faut préciser dès le départ un nombre de personnes minimum (par exemple trois ou quatre) et après même si on en eût préféré vingt… il faut fournir la prestation annoncée. Ne pas décevoir fait aussi partie du professionnalisme artistique.
  • encadrement
    Organiser une exposition importante et devoir faire face à un imprévu lié à l’encadreur… cela m’est arrivé et nécessite le recours à des confrères… Dans le même ordre d’idées, faire face en expo à une vitre cassée sur place nécessite aussi d’excellentes facultés d’organisation. Où que l’on expose, il faut toujours avoir un carnet d’adresses bien renseigné, et de bons contacts, pour se faire aider avec efficience et surtout très rapidement.
  • contacts
    Avoir des contacts fiables c’est aussi proposer soi-même une aide concrète à ses confrères ou connaissances, afin que le jour où l’on se retrouve confronté(e) à un imprévu, on puisse raisonnablement s’attendre à une remontée d’ascenseur. Mais il sera sage aussi de prévoir que cela ne sera pas possible et de devoir soi-même trouver une solution… 
  • communication
    Les relations humaines sont d’une énorme complexité et il y a souvent un monde voire un fossé énorme entre ce que l’on exprime, ce qui est compris et ce qui est interprété… il faut donc aller droit au but et écarter un maximum de malentendus qui peuvent nous jouer des tours pendables… Une parfaite honnêteté envers soi-même et envers autrui aide énormément à ne garder que des relations saines…

EVENEMENTS SUR LESQUELS NOUS NE POUVONS PAS AGIR

  • ils sont rares voire très rares et conditionnés par des faits très graves tels que : décès, accident, manifestations publiques, gros sinistre matériel etc… (liste non exhaustive).
  • La plupart du temps même si le drame semble total et irréversible, il y a moyen de l’atténuer…
  • Il nous faut toutefois apprendre à  ACCEPTER toutes les choses sur lesquelles nous pouvons pas agir…

En régle générale, on ne peut pas toujours prévoir l’imprévisible mais il faut s’attendre à tout, et être techniquement formé(e) pour faire face soi-même à un maximum de choses tout en sachant bien s’entourer pour ce que l’on ne peut gérer… Tout étant relatif… ce qui sera un drame pour les uns sera minime pour les autres… car chacun perçoit le monde à travers les lunettes de son propre ego…

Il est toutefois bon et même très recommandé, de disposer d’une personne neutre qui nous aide à faire le point par rapport aux domaines dans lesquels nous sommes efficaces et ceux dans lesquels nous avons encore besoin de nous perfectionner. Pourquoi ? parce qu’en cas de stress, nous ne sommes PAS opérationnels. Pour certains c’est stimulant, mais à bonne dose… pour d’autres c’est tout simplement usant et limitatif… Il faut donc accepter en permanence de sortir de sa propre zone de confort pour élargir ses compétences et ce sur tous les plans car dans cette branche, le personnel et le professionnel sont plus liés que dans d’autres domaines et l’hypocrisie de tiers est aussi un facteur qu’il faut apprendre à gérer sainement.

Le but immédiat c’est de pallier autant que faire se peut aux incertitudes et imprévus… et de rester dans l’action-juste en prenant émotionnellement un sain recul. Une bonne intuition souvent peut nous sauver la mise, à nous de savoir la cultiver car notre subconscient capte souvent des signes précurseurs annonçant un dysfonctionnement ou une imprévisibilité…

Sinon… un bon exercice est de faire des simulations dans chaque cas de figure, en mettant à plat ce qui se passerait dans tel ou tel cas… et en se faisant si possible aider par de vrais clients, de vrais collectionneurs, de vrais transporteurs… etc… en cas d’imprévu, l’homme de terrain aura toujours une longueur d’avance sur le théoricien…

Enfin, dans mon cas particulier, c’est moins important pour les autres, la météo fait partie des imprévus possible. Où que l’on habite il faut chercher longuement quelle est la météo la plus FIABLE (celle pour agriculteurs ne correspond pas souvent à Météo-France et dans mon coin la météo germanique s’avère toujours plus juste… les différentes séquelles pathologiques et les animaux sont aussi un très bon indicateur avant planification). Un déplacement (à vélo) peut parfois tomber à l’eau, c’est ici le cas de le dire… donc pour peu que vous n’ayez pas suffisamment protégé vos cartes, vous risquez d’obtenir ceci donc de ne plus pouvoir vous orienter. Il est donc bon de prévoir une 2ème carte dans un contenant totalement étanche.

CHRISTIANE ALLENBACH CARTE ABIMEE PLUIEPrévoir un maximum de choses, c’est aussi fonctionner au quotidien avec plus de sérénité et c’est de l’énergie libérée pour ce que est important.

voir aussi = panne ordinateur

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je vous invite à surfer plus amplement sur mon site,

à découvrir mes aquarelles,
et pourquoi pas, à commencer votre collection…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PAPIER ARCHES & C°

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article actualisé en octobre 2015

90 % de mes travaux sont faits sur papier ARCHES (300 g)… fabriqué dans la ville d’Arches,  située au Sud d’Epinal. Arches  est accessible en passant par la RN 57  ou, voie  plus pittoresque, par la petite route conduisant à Archettes ce qui vous permet de voir de magnifiques rochers tout au long de la route… parsemée de quelques maisons isolée aux habitants bien sympatiques.

adresse du fabricant Arches :
48 rte de Remiremont / 88380 ARCHES
Président M. Jan ASTROM
DG= M. Kim HENRIKSSON
RC = Epinal B 428 720 668


Liée à l’eau… en abondance dans le secteur… c’est en 1492 qu’a commencé l’histoire du papier ARCHES, époque à laquelle les différents producteurs (anciens moulins à grains reconvertis pour fabriquer de la pâte à papier) se sont regroupés, car c’est l’union qui fait la force. Dans ces temps anciens, un livre imprimé s’appelait incunable et les  moulins d’Arches en produisirent.


La technique était com- plètement différente de maintenant, j’en sais quelque chose pour avoir tenu entre mes mains un ancien livre jauni par le temps et vieux de plusieurs siècles (rare privilège car ils sont tous sous clé et recopiés par ordinateur)  dont les pages étaient encore soudées car il n’avait jamais été lu auparavant… La marque est liée à des personnes et événements célèbres telles que  Caron de Beaumarchais (écrivain et ami de Voltaire – petite parenthèse, voltaire était végétarien). Ensuite la papetterie passa aux mains des frères Desgranges.  impression de la chronique de Gutenberg, puis description d’Egypte de Napoléon 1er  et production de papier vraiment haut-de-gamme. A l’époque la filigrane mentionnait : Egypte-ancienne-et-moderne mais ce ne fut hélas pas rentable… Suivirent des moments difficiles… jusqu’à la collaboration avec le peintre Dominique INGRES. Plus récemment, en 1895 (époque où ma propre grand’mère avait sept ans) Jules PERRIGOT (ingénieur des Arts et Métiers)  reprit ARCHES en mains et modernisa la production en fournissant des papiers destinés aux billets de banque, des papiers-aquarelle et des papiers-pour-livres-d’Art.

 Après la 2ème guerre mondiale, il y eut association de quatre papetteries concurrentes sous le logo Arjomari (Logo issu des marques suivantes : Arches, Johannot, Marais, Rives). Le papier ARCHES ne comporte désormais plus d’acides,  ni aucune substance susceptible de s’altérer dans le temps, et optimise encore sa qualité en se spécialisant dans la production de trois gammes de papier :  papier-aquarelle, papier-dessin et papier-à-lithogravures.

Je m’intéresse personnellement au papier en coton, fabriqués comme autrefois sur des machines à formes rondes, ce qui produit un grain naturel qui ressemble à s’y méprendre aux papiers faits de manière artisanale que l’on trouve parfois chez les bons spécialistes.

Avant de parler des propriétés de ce papier en Aquarelle, voici quelques indications concernant la manière de le fabriquer… mais bien sûr rien de précis car il est interdit pour raisons de sécurité de visiter l’usine (le site est d’ailleurs en anglais !!! dommage… et… aucun magasin d’usine pour les autochtones). Je rédige mon article suite à des recherches personnelles mais j’aurais volontiers incorporé des renseignements en provenance directe de l’usine-source.

Jusqu’au XIXème siècle on a utilisé pour les bons papiers des chiffons de lin, chanvre et, comme pour ARCHES, le coton. Arches utilise des jeunes fleurs de coton car leurs fibres sont bien longues. La longueur moyenne des fibres de coton est de 1 à 4 cm selon les espèces et les fibres les plus longues sont aussi les plus fines donc les plus facilement transformables. Une culture « bio » sans produits nocifs est primordiale d’après moi, pour produire un papier de qualité… mais évidemment il faudra y mettre le prix… c’est logiquement plus cher puisque moins productif…

Il faut aussi savoir que tout ce qui est acide ronge le papier, et j’irai même plus loin… car j’utilise personnellement l’acidité du vinaigre pour lutter contre les virus, bactéries et autres bestioles indésirables… trop d’acide peut tuer la vie (testez sur un ver de terre, il meurt instantanément) … et là en l’occurrence il dissout carrément le coton. Certaines substances alcalines peuvent blanchir le papier mais personnellement, sauf à vouloir faire un paysage de neige, je préfère une teinte plus naturelle du papier. D’autres substances (pesticides, arsenic…) peuvent grandement ronger le papier mais l’aquarelliste averti saura comment conserver et manipuler le papier. La pureté de l’eau entre également grandement en compte pour la fabrication d’un papier de qualité… et lorsque sur nos rivières je vois une mousse de pollution, je ne peux que me poser des questions… où allons nous ??? ! ! !  elle doit au minimum être déminéralisée et je pense que pour une qualité constante il faut des analyses régulières par les chimistes d’Arches…

Pour ceux qui comme moi peignent parfois au café… il faut savoir que le café est acide… donc l’oeuvre ne se gardera pas intact ad vitam aeternam. Il vaut bien mieux rester puriste et utiliser un médium conçu spécifiquement à cet usage. Ma préférence va vers  W&N, ensuite Schmincke, Sennelier, White Nights et pour l’extrême brillance les aquarelles chinoises à utiliser de préférence sur un papier mixte ou cellulosique…

Le papier doit être fabriqué en milieu basique et doit être protégé des influences acides extérieures par divers moyens tant au niveau du fabricant qu’au niveau ensuite de l’Artiste et du Client (conservation en paquet fermé et sous encadrement). J’ai étudié les influences acides et alcalines au niveau de la santé, pour le papier on a également les mêmes valeurs et chaque particulier peut mesurer l’acidité de n’importe quoi par contact avec du papier « PH » qu’on trouve dans n’importe quelle pharmacie. Pour le papier aquarelle il faut rester à un PH supérieur à 7… Versez une goutte de vinaigre sur le même papier et voyez le chiffre… il peut descendre à 4 ! testez maintenant le savon… ou l’eau de votre aquarelle, et mesurez !!! Moi plutôt que de brasser de tonnes de littérature, je fais des essais spontanés… j’ai arrêté de peindre au café le jour où j’y ai plongé un papier-PH… et mieux, j’en bois de moins en moins maintenant… Chaque ajout artificiel en cours de fabrication (par exemple produit anti-fongique) doit être compensé pour préserver cet équilibre PH.

Le papier se fabriquait initialement  en faisant macérer plusieurs semaines les chiffons, puis en les broyant dans un engin nommé pile. Il en existe plusieurs modèles. Par suite la modernisation mécanique a permis de se passer du pourrissoir. Les « franges » permettent, en plus du filigrane, de déterminer quel est le recto ou le verso d’une feuille achetée isolément et ayant pu être retournée par le fournisseur.

En suivant le lien de wikipédia on peut voir une vidéo de pile à maillet en mouvement, c’est très intéressant.

Ensuite les fibres sont consciencement  broyées (lien avec photo de meule) , ce qui permet d’obtenir une pâte vierge appelée aussi pâte à papier. Alors que dans  le papier classique on peut trouver du bois, de la canne à sucre, du lin, du chanvre, du crottin animalier (hé-oui) et du tissus, dans le papier Arches il y a du coton de premier choix.

Voici une gravure ancienne de Paul Lacroix qui montre comment autrefois on travaillait manuellement le papier.

La pâte bien sûr doit être étalée dans une forme, et celles-ci sont actuellement bien plus grandes qu’autrefois. C’est à ce stade là qu’on peut paramétrer la production en fonction du grammage ultérieur que devra avoir le papier, information très intéressante pour nous autres aquarellistes. 

Ensuite il faut en extraire l’eau par divers procédés et en plusieurs étapes…  c’est là que se fait parfois la différence entre les diverses marques de papier. Souvent l’opération se fait par passage successif entre une rangée de cylindres… Et c’est aussi là qu’on filigrane le papier par empreinte métallique.

Différents traitements sont alors possibles selon l’usage ultérieur du papier. Voici un exemple de machine à papier mais qui ne correspond pas forcément au matériel utilisé à Arches… qui bien sûr je fait jamais de portes-ouvertes comme les autres usines de la région grand-Est…

Le papier aquarelle peut être plus ou moins blanc, il faut en tenir compte et le choisir en fonction du sujet à traiter.

Au niveau épaisseur, un papier mince devra laborieusement être mis sous presse après mise en peinture alors qu’un papier fort comme Arches supportera mieux un travail à grande eau.

Alors qu’autrefois on plongeait manuellement un tamis dans la cuve… (ceux qui fabriquent artisanalement leur papier sauront de quoi je parle…) aujourd’hui tout est mécanisé et un papier peut être fabriqué sur forme plate ou sur forme ronde. Une machine à papier à table plate fait passer mécaniquement la pâte et produits spéciaux dans un désintégrateur-mélangeur, puis au raffinage, stockage, caisse de tête avant égouttage puis l’amène sur la table de fabrication où se trouvent les rouleaux égouteurs puis les feutres et cylindre éventuellement chauffés, la sécherie etc…

Arches est fabriqué sur forme ronde. Les formes rondes étaient surtout utilisées par les petites entreprises mais elles sont un gage de qualité. Dans le domaine public je ne trouve aucune illustration libre de droits mais voici un schéma résultant de mes recherches personnelles.

La forme ronde permet aussi d’avoir les fameux bords frangés si chers à certains artistes qui de ce fait refusent parfois de mettre un passepartout… ce bord étant synonyme de haute-qualité-de-fabrication, de texture naturelle, et de grain marqué légèrement irrégulier.

La machine à forme ronde fait passer la feuille sur un gros cylindre garni d’une toile métallique éventuellement filigranée, immergée partiellement dans la cuve contenant la pâte à papier. L’eau  pénètre donc à l’intérieur du cylindre et les fibres de pâte-à-papier restent en surface de la toile métallique.

Un filigrane peut se faire en relief ou en transparence, mais se fait par l’intermédiaire d’une forme en fil de laiton, fixé sur le tamis de la forme. Les filigranes deviennent alors visibles. Pour les portraits, attention cependant à ce qu’aucun filigrane ne se situe pas à un endroit stratégiquement indésirable… donc au milieu d’une feuille…

Les catégories de « grains » sont :

  • Un grain satiné (pressé à chaud ou hot pressed), très lisse, laisse glisser la couleur : réputé difficile à travailler pour un novice, pourtant c’est avec le satiné que j’ai commencé… car il permet de bien faire les retraits… Il est lisse et convient aux travaux ne nécessitant pas la superposition de beaucoup de couches de médium.
  • Un grain fin (pressé à froid ou cold pressed/not) est formé grâce à un feutre introduit au moment de la fabrication de la feuille. Cette surface semi-rugueuse dépourvue d’aspérité, est la plus facile à travailler. C’est le papier que je préfère car il rend bien les détails tant pour les portraits que pour les autres sujets figuratifs.
  • Un grain torchon (rough) est très apparent et forme d’importants creux et reliefs : il nécessite un minimum de technicité notamment par le choix du style de peinture et du style de sujet… à réserver donc aux sujets particuliers. A noter que si l’on maîtrise en aquarelle la technique de granulation on pourra récupérer les effets d’un grain torchon sur partie d’un papier à grain fin.

Les principales marques de papier 100 % coton sont bien sûr le ARCHES, mon préféré mais aussi  Moulin de Larroque, Moulin de Pombié, Fabriano, Lana, Clairefontaine, Leonardo (chez Hahnemühle), Sennelier, Langton de Dahler Rowney (je l’adore aussi), Saunders Waterford, Centenaire (en vente exclusive au Géant).

Pour ceux qui recherchent le fort grammage, il n’y a qu’ARCHES qui va jusqu’au 800 g/M2.

Le 640 se trouve chez Arches, chez Fabriano, chez Lana, et chez Saunders Waterford, ne cherchez pas ailleurs.

L’alternative du  425 g me semble excellente. On la trouve rarement en qualité-coton sauf chez Saunders. Mais comme le 300 g ARCHES est hyper résistant, inutile de chercher à augmenter le grammage sauf peut-être pour les travaux spéciaux hyper grand-format et travaillés dans le grand mouillé.

Autre avantages du papier Arches (contrairement à par exemple du Cornwall qui partirait en lambeaux)… il permet de retirer sans aucun problème du simple scotch de bureau servant à avoir un bord net ou en plein travail à faire un retrait.

Pour les bords, souvent les Artistes camoufflent avec le passepartout et se contrefichent du résultat mais je vends souvent décadré donc je suis extrêmement exigeante à ce niveau. En plus un scotch posé au milieu d’une feuille et en milieu de travail doit pouvoir se retirer sans que le papier ne bronche.

Jusqu’à ce jour il n’y a que le Arches qui me donne entière satisfaction à ce niveau. Il existe des quantités d’études et de tableaux comparatifs par rapport aux différents papiers mais moi j’ai une autre approche… j’ai essayé personnellement la plupart des papiers et je fais les tests uniquement en fonction de ma manière personnelle de peindre. En clair, je préfère la PRATIQUE à la théorie… dans le même ordre d’idées je ne prendrai pas du Arches pour une aquarelle nocturne avec fond noir… mais ceci est un autre sujet…

Le papier ARCHES a la particularité de ne guère se déformer une fois mouillé ou carrément trempé, car ses fibres sont longues, bien réparties et collées avec une substance naturelle (gélatine). Le papier résiste aux traitements hors normes tels que les grattages, brossages, et permet également des retraits dans le mat-frais pour qui a techniquement un minimum de savoir-faire. Il permet d’obtenir de bons résultats avec la carte de crédit, le cutter, ou tout autre instrument dur, mais ce qui le caractérise c’est qu’une fois humide en profondeur on peut travailler longtemps dessus… et ses fondus sont exceptionnels. D’aucuns prétendent qu’il absorbe beaucoup de médium mais en fait tout est une question de technique…

Je regrette amèrement qu’en France il ne soit pas possible comme à l’étranger de VISITER l’usine productrice, car souvent les Artistes qui ont vu comment le papier est fabriqué en parlent autour d’eux et par ricochet augmentent aussi les ventes… Et pas de magasin d’usine pour les gens du coin à Arches c’est tout à fait rhédibitoire pour Munksjö Arches … à l’étranger,  les visites se font souvent sur invitation, et elles ne sont pas publiques…

L’Arches existe en bloc avec des formats intéressants mais il est très curieux de constater que les fabricants de papier et les fabricants de cadres-standard n’harmonisent nullement leur production et qu’on a par voie de conséquence souvent des chûtes.

Exemples de formats standards en encadrement :

  • 10×15
  • 13×18
  • 18×14
  • 24×30
  • 30×30
  • 30×40
  • 40×50
  • 50×65
  • 50×70
  • 30×70
    (liste non exhaustive)

et comme on peut le voir ça ne colle pas avec les blocs :

formats blocs Arches :

  • 18×26
  • 23×31
  • 26×36
  • 31×41
  • 36×51
  • 46×61
  • 15×30

FEUILLES ARCHES (en 185, 300, 640 ou 850 g/M2)

  • 56×76

Un Artiste professionnel ayant les moyens d’investir un peu au départ préférera souvent prendre carrément un ROULEAU entier mais il faut prévoir selon le grammage entre 100 et 160 € le rouleau, en dimensions 1,13 x 9,15 m.

Le rouleau est plus économique pour ceux qui tendent leur travail sur cadre mais la méthode d’encollage de Baxrainer permet d’éviter toute chûte.

Autre truc très simple que j’ai inventé pour économiser au maximum le papier… prévoir quelques passepartout des mesures que l’on peint le plus souvent mais aussi quelques carte-postales et marque-page. Les poser sur une partie du rouleau jusqu’à avoir un taux de chûte avoisinant le zéro… ça marche et on comprend alors souvent comment raisonnent les fabricants…

non utilisés chez moi :  kraft gommé


Fait non négligeable, l’Arches peut se peindre des deux côtés. Je fais parfois sur demande des tableaux « réversibles » qui peuvent varier la décoration à moindre frais chez l’acheteur… il suffit alors de décadrer, retourner le travail, recadrer et hop… j’ai inventé un système de fixation amovible et je ne scotche pas comme les encadreurs. Par contre, ces derniers fixant souvent l’aquarelle encore humide contre le passepartout pour qu’il se retende, si l’on s’en passe il faut maîtriser une autre méthode pour avoir un papier absolument plane… il en existe un certain nombre…

 J’ai parlé séparément du nouveau Art-Board Arches… donc je n’y reviens pas ici. Il est à mon sens tout à fait superflu, il vaut mieux investir dans un rouleau 300 g.

A savoir que les rouleaux n’existent qu’en 185 et 300 g… ce qui est logique vu que le 800 g a une consistance cartonnée et ne se trouve qu’en feuille. Gardant très longtemps l’humidité, ce dernier  convient aux travaux outdoor réalisés en public l’été sous une chaleur torride…

Mon article est neutre et non écrit dans un but publicitaire, simplement pour partager ma passion-artistique… et c’est d’ailleurs pour cela que je paie un hébergeur, car je ne veux pas que les publicités intempestives apparaîssent à chaque clic-d’utilisateur… mais si jamais un jour un fabricant de papier-aquarelle tombe sur mes lignes, mon voeu le plus cher serait quand même que sur le marché il existe au moins un ou deux blocs standard dont le format serait en adéquation avec les passepartout les plus utilisés donc par exemple les classiques formats 30X40, 40×50 ou 50×70…

En effet, pour éviter toute marque apparaîssant sur le passepartout au bout de quelques années, j’ai récemment pris l’habitude de couper mon papier au format du passepartout, d’en dessiner ensuite le contour intérieur et seulement après de commencer à peindre. Ceci est une approche professionnelle utilisée en Atelier et en outdoor qui évidemment ne permet pas toujours l’utilisation de blocs… donc, à bon entendeur… sachant que la masse des Artistes refusera toujours de préparer à la maison des planches avant de se lancer en outdoor…

ici passepartout « pro » avec liseré or. Met discrètement un papier de qualité en valeur…

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