Tempera à l’oeuf et comparatif avec aquarelle

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Le mot « tempera » d’origine italienne indique que le médium est détrempé dans l’eau, et véhiculé par l’eau. La différence avec l’aquarelle, réside dans la nature du liant. En effet, le pigment est toujours le même peu importe le médium… on ne change que le liant.

Par extension il n’est pas interdit de parler de tempéra en l’associant au médium « huile » mais généralement ce n’est pas le cas.

Il convient de distinguer la tempera maigre (avec jaune d’oeuf ou caséine) et la tempera grasse (avec émulsion). Attention toutefois à ne pas confondre tempera et peinture à la colle : ce n’est pas pareil.

 

Pour moi, l’AQUARELLE (pigment & gomme arabique (= résine ) & agent pour l’onctuosité) se pratique pure donc sans adjonction de jaune d’oeuf et heureusement que beaucoup partagent cet avis. Car de nos jours, où les techniques mixtes et effets spéciaux sont de mise… on trouve de tout sur le marché sauf du 100 % aquarelle. Très largement utilisée à la Renaissance, la Tempera était utilisée telle quelle ou en sous-couche pour une huile. Mais son intérêt évident c’est que l’on peut également l’utiliser sur des supports rigides et même en technique mixte avec huile :

TEMPERA MAIGRE
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CHRISTIANE ALLENBACH | EMULSION OEUF POUR TEMPERA MAISONMais parlons tout de même un peu du mélange aquarelle et jaune d’oeuf… autement dit de la tempera maigre.

Elle existe bien sûr en tubes dans le commerce mais on peut très bien la réaliser soi-même. Si on a une vocation de chimiste on trouvera de bonnes vieilles recettes qu’on mettra en oeuvre, sinon, juste pour tester, on pourra se contenter de l’habituelle aquarelle à laquelle on ajoutera un tout petit peu de jaune d’oeuf (sans peau) dilué avec un agent conservateur (voir plus loin)  car sinon bonjour l’odeur d’oeuf pourri. Certains dosent à hauteur de 1:1 le pigment et l’oeuf, comptant sur l’eau pour la dissolution… d’autres y vont moins fort. Le mélange se fait en peignant… on a donc toujours d’un côté le pigment et de l’autre le mélange [oeuf & conservateur] sauf à se servir d’un tube tout prêt. Du blanc d’oeuf battu peut également être utilisé pour plus de brillance mais on perd lors l’onctuosité et on gagne en friabilité.

Un oeuf, n’importe quel diététicien le confirmera, c’est gras. Le mélanger à l’aquarelle c’est donc joindre du gras à un médium qui n’en contient pas au départ, et c’est un peu comme de l’huile. Dans tous les cas, il est plutôt difficile de travailler en très petit format même avec un pinceau fin car l’émulsion est épaisse…

Beaucoup d’artistes se contentent de partir de tubes normaux d’aquarelle et y ajoutent de l’oeuf mais il vaut mieux partir de pigments purs en poudre, y adjoindre un agent d’empâtage de style méthyl-cellulose, et d’incorporer à la quantité ainsi obtenue la même dose d’oeuf (3/4 de jaune pour ¼ de blanc) . Les fabricants Sennelier & Marin incorporent eux aussi du blanc d’oeuf à leur tempera. Le jaune d’oeuf colore les pigments clairs. Si cette coloration n’est pas souhaitée, on peut à la limite le blanchir dans de l’ether (obtenu uniquement sur prescription médicale). Mais quelque soit votre propre mélange, il faut TOUJOURS AJOUTER UN CONSERVATEUR. Celui-ci peut être chimique (pratique) ou naturel (plante). Si la préparation commence à avoir une mauvaise odeur il ne faut plus l’utiliser mais en refaire. Une conservation au froid permettra de peindre plus longtemps avec le même oeuf mais avec mon astuce le réfrigérateur ne s’impose pas… d’ailleurs autrefois cet appareil n’existait pas.

On peut ensuite intégrer à son mélange des produits tels que : miel, gomme arabique, glycérine, caséine, lait, cires, vernis, résines naturelles etc… Eviter la dextrine car elle fait craqueler. Pour ceux qui souhaite approfondir, lire des traités de peintures (comme par ex. celui de Montabert).

Astuce : pour un peu plus de « gras » sans adjonction d’huile, il faut utiliser un oeuf d’oie. Sa consistance est divinement crémeuse (en peinture comme en cuisine d’ailleurs) – article ici. La peau du jaune d’oeuf d’oie étant plus épaisse… elle s’enlève mieux.

TEMPERA GRASSE
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comme ci-dessus mais en rajoutant de l’huile (de lin mais décolorée par ex) et un peu de résine. On dilue alors à l’essence de thérébentine, bref ça n’a PLUS RIEN à VOIR AVEC L’AQUARELLE. Toujours travailler du maigre au gras.

En tant qu’aquarelliste « pur-sang » j’ai sacrifié une feuille Arches pour faire un essai… que voici mais attention, je n’ai ici pas voulu faire un portrait beau mais TESTER tous les types d’effets spéciaux… ce portrait n’est donc pas une référence mais juste une étude :

CHRISTIANE ALLENBACH | TEMPERA ETUDE

Ci-dessous, avantages et inconvénients de la tempera :

 

avantages
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inconvénients
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  • onctuosité
  • profondeur des teintes
  • donne un style ancien à l’oeuvre de par l’onctuosité et la patine
  • inutile de réserver comme en aquarelle le blanc du papier
  • la tempera est couvrante à 1:1 mais si on la rallonge à l’eau elle permet un peu de transparence, sans toutefois atteindre les subtilités de l’aquarelle
  • grande luminosité des tons
  • les couleurs sont superposables sans se mélanger… donc on peut oublier les mélanges appris en aquarelle, si on choisit ce médium il faut repartir de zéro… il ne faut donc pas vouloir alterner entre les deux techniques…
  • correctement appliquée, et vernie, la tempera se conserve longtemps… mais on oublie souvent que l’aquarelle se garde aussi jusqu’à cinq siècles…
  • n’oxyde pas
  • craquellement possible après séchage si la technique est mal utilisée
  • coût modique
  • la tempéra achetée toute prête est mate, celle qu’on fait à l’oeuf frais brille plus mais cette brillance est souvent inégalement répartie ce qui donne un travail moche
  • fondus douteux
  • séchage rapide
  • mauvaise conservation sans vernis
  • dégradés pas évidents
  • nécessite du papier plutôt absorbant mais pas trop non plus sinon la tempera devient terne et doit être ravivée à grand renfort de vernis :
  • vernis chaudement recommandé mais peut avantageusement se remplacer par de la cire froide voire de  l’huile… mais nous entrons là dans le domaine de la restauration ancienne… car très peu travaillent encore ainsi…
  • PERTE DE TRANSPARENCE… pour moi c’est rhédibitoire
  • Ne pas diluer la tempera au vinaigre car il attaque les bons papiers, rajouter juste un peu d’eau mais attention aux « bulles »
  • la différence entre le séchage et avant n’est pas si énorme que ça…
  • convient plutôt aux fresques, panneaux mureaux & icônes qu’au travail sur papier. La tempéra est généralement posée sur fond soigneusement apprêté car de lui dépend la qualité du travail.
  • la résistance à la lumière vive est très moyenne et dépend de la finition
  • il faut attendre six mois à un an avant de vernir définitivement mais beaucoup appliquent un vernis entre les différentes couches et poncent ensuite au poncif et poudre de ponce. Un bon travail a au moins sept couches de vernis-intermédiaire.

 

astuce
si vous êtes obligé(e) d’interrompre votre travail… mettez la tempéra déjà préparée au réfrigérateur mais en règle générale préparer juste votre oeuf et mélangez au fur et à mesure. Les travaux à la tempéra peuvent avantageusement être brunis (au brunissoir) et gagnent à être vernis, huilés ou cirés mais seulement après plusieurs mois de séchage. Nous sommes ici très loin de la pure-aquarelle

Pour ceux qui souhaitent acheter quelques tubes tout préparés, les meilleures marques pour leur onctuosité sont Sennelier et Daler-Rownez.

Pour ma part j’ai définitivement choisi l’aquarelle dans son sens le plus pur, et je ne travaille qu’à titre expérimental à la tempéra… qui a toute son utilité à mon sens dans la RESTAURATION d’oeuvres anciennes. Je précise également que les tableaux restaurés, lorsqu’ils sont revendus, précisent la nature des travaux de restauration. A noter qu’autrefois la tempéra s’appliquait sur supports durs… alors qu’actuellement les peintres utilisent plus couramment toile et papier.

Encore quelques tuyaux pour ceux qui souhaitent tester :

  • ajouter un peu de bière (blonde) au jaune d’oeuf avant utilisation.
  • Pour la conservation et l’absence d’odeur j’ajoute pour ma    part = 2 gouttes d’HE de melaleuca-alternifolia et 2 gouttes d’HE de girofle dans l’émusion au jaune d’oeuf. Cela me permet de le garder une journée et une nuit… même sans réfrigérateur, et de continuer à l’utiliser après avoir enlevé la partie durcie au coton-tige…
  • à la tempéra les glacis se font avec peu de pigment dans beaucoup d’émulsion
  • les couches se fixent à l’aide d’émulsion diluées pour moitié dans de l’eau… mais pas forcément chacune… On peut aussi préférer vernir et poncer, le tout plusieurs fois pour un même travail…
  • le blanc se pose par dessus d’une couleur (intéressant en restauration) mais attention, le blanc de titane est toxique, on peut le mélanger à du blanc de titane en travaillant de préférence en plusieurs couches avec un pourcentage de blanc chaque fois plus important.

Pour enlever la poche du jaune il faut déjà le casser ENTIER… ensuite le faire glisser sur un essuie-tout plié en quatre puis le crever au dessus d’une tasse, la peau reste accrochée à l’essuie-tout (on pourra composter le tout). Pour l’oeuf d’oie c’est encore plus facile, la peau étant plus épaisse et le jaune plus crémeux.

CHRISTIANE ALLENBACH| JAUNE OEUF POUR TEMPERA CHRISTIANE ALLENBACH | SEPARATION PEAU ET JAUNECHRISTIANE ALLENBACH | EMULSION JAUNE OEUF POUR TEMPERAà qui convient la tempera ?

  • à ceux qui apprécient le repentir,
  • à ceux qui travaillent souvent à l’acrylique ou à l’huile car la technique s’apparente au « tartinage »
  • à ceux qui s’intéressent à la restauration.

Attention, en cours de travail il est important de respecter l’uniformité dans le dosage entre émulstion et pigment sous peine d’avoir en regardant le travail en OBLIQUE, différents degrés de brillance. Je ne suis pas sûre du tout qu’un vernis final posé uniformément puisse rattraper ça…

Bon, pour ma part, je retourne à l’aquarelle-PURE après cette parenthèse… et vous ?

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