à quel moment peut-on considérer son Oeuvre comme achevée ? en d’autres mots : quand faut-il s’arrêter ?

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L’aquarelle étant un médium léger, transparent, parfois mystérieux et souvent imprévu… l’éternelle question qui se pose au débutant tout comme à l’artiste confirmé ou au professionnel, c’est :

à quel moment peut-on
considérer son Oeuvre comme achevée ?
en d’autres mots : quand faut-il s’arrêter ?

 

Il a un brin de repentir à l’aquarelle, mais bien moins qu’à l’acrylique et à l’huile, on peut pécher par trop de détails ou au contraire pas assez, par une mauvaise lumière ou une composition malheureuse… mais comme je le dis souvent le plus grand nombre de soucis peut être réglé en amont grâce à la vignette tonale et à un dessin juste.

Donc pour en revenir au repentir, en aquarelle il doit être discret voire inexistant… on ne peut pas éternellement sculpter son sujet au pinceau ou revenir dessus… sinon le résultat serait gouaché voire terne…

On voit aisément les erreur d’autrui mais bien moins les siennes propres, dans la vie courante tout comme en Art…

Il faut donc PRENDRE DU RECUL… et ne pas hésiter à mettre un travail quelques jours de côté… pour pouvoir le ré-examiner d’un oeil neuf donc neutre. On voit alors les choses sous un autre jour. A titre de comparaison c’est comme une secrétaire venant de taper un mémoire et le relisant de suite : elle ne voit pas ses fautes. D’où l’intérêt de se faire relire ou de reporter l’opération… mais en Art, nous n’avons pas toujours une personne qualifiée sous la main lorsque nous le souhaitons alors seul un sain recul permet une autocritique constructive.

Contrairement aux non-connaisseurs ou grand public qui marche au coup-de-coeur ou aux couleurs… un pro qui jette un coup d’oeil sur un tableau (le sien ou celui d’un tiers) regardera d’abord :

  • la justesse des perspectives et de la composition (pour rappel une peinture imparfaite sur des lignes techniquement justes passe mieux que l’inverse)
  • la profondeur : les différents plans doivent être visibles et l’oeil du spectateur doit pouvoir rentrer DANS l’aquarelle, et avoir envie d’y rester… Utiliser les contraires est parfois très utiles pour apporter de la variété : sens des lignes, nature des volumes, chaud et froid, lumière et ombre etc… La mode actuellement est aux contrastes tranchants et forts… mais le trop est l’ennemi du bien. En mettre un ou deux aux bons endroits s’avère souvent plus efficace.
  • Figuratif… hyper réalisme… interprétation… chaque style fera rêver si l’Artiste-Peintre sait tirer le maximum de ses pinceaux. L’abstraction est sympa mais pas le seul moyen d’inviter au rêve… Le flou non plus d’ailleurs…
  • L’ambiance…
    Un tableau réussi est aussi un tableau qui en dit long… qui véhicule une ambiance forte et qui suscite de l’émotion. Là aussi, point n’est besoin de couleurs vives pour provoquer l’émotion… des monochromes ou des teintes neutres peuvent également traduire infiniment de choses si la Technique est pleinement maîtrisée et personnellement je me régale souvent en contemplant ce type d’Oeuvres… Une parfaite gestion des teintes neutres démontre subtilité et savoir-faire…
  • Le point focal… l’endroit où l’oeil va directement et aussi celui où il retourne après avoir longtemps erré dans le tableau… L’Artiste sait que son tableau est réussi s’il comporte un élément captivant. Et UN SEUL suffit !!!
  • Composition : l’Artiste doit regarder dès l’étape vignette ou dessin si elle est bonne, après il n’aura plus qu’à recommencer ou éventuellement à recadrer…
  • Avoir UNE couleur dominante…
    Là aussi, la mode est aux mélanges insolites, on recherche les couleurs les plus vives et les plus lumineuses, mais nous entrons là dans un piège qui peut très vite nous cloisonner… Un bon tableau, les pros comme les collectionneurs me l’ont fait savoir, est celui qui a UNE couleur dominante, rien qu’une, et elle doit être placée là où il faut et associée avec les complémentaires, pour être pleinement mise en valeur. A noter que l’approche orientale est différente de l’approche européenne… et que certains aiment le très chargé alors que d’autres veulent de l’air autour de leur sujet… Mais dans son auto-critique, l’Artiste-Peintre doit aussi savoir s’analyser. Lorsqu’il est débutant, il trouvera volontiers des personnes pour le conseiller, lorsqu’il deviendra concurrent, cela ne sera plus le cas…
  • Ensuite il faut que le tableau suggère soit vie & mouvement soit… sérénité et repos… Je souligne en passant que délimiter clairement les contours d’un sujet, en dessin comme en aquarelle, gomment la vie de l’Oeuvre, tout comme passer par une photo tue le portrait…
  • Enfin, il faut que le spectateur puisse percevoir d’emblée ce que l’Artiste a voulu exprimer. Bref, un long discours pour que l’on comprenne le sens d’une oeuvre, on peut oublier… c’est absolument rhédibitoire.
  • Enfin, l’Artiste qui peint un Tableau, nous ne parlons donc pas ici des sketches ou pochades… doit en cours d’exécution, faire régulièrement des pauses, prendre du recul, et… juger de l’effet de ce qu’il a fait jusqu’ici. A noter que cela est triplement important dans la technique des glacis successifs avec les médiums appelés « translucents ». Une aquarelle est faite de vides mais aussi de juxtapositions et de superpositions… et à un moment précis il faut pouvoir stopper le travail. Atttention aux couleurs qui se mélangent sur le papier pour en créer une troisième…
  • Enfin, garder un coup de pinceau vivant tout au long du travail est essentiel. Mais il faut que cette vie ne vienne pas seulement de la réaction parfois imprévue d’un pinceau synthétique… elle doit provenir des connaissances techniques de l’Auteur… On peut tout à fait garder un trait vivant tout en interprétant des choses techniques… bref il ne faut pas sombrer dans le dessin-industriel si l’on est en train de créer à l’aquarelle.

Quel que soit notre niveau (et il est toujours encore perfectible)… il faut se rappeler que parfois ce que nous croyons être un peu faux… peut aussi donner du caractère à un travail…

Ressentir une impression de doute c’est souvent un signe que nous ne sommes actuellement pas pleinement plongés dans la Créativité… il est alors bon de poser les pinceaux et de faire quelques esquisses ou alors une autre activité. Je connais une infinité d’Artistes professionnels qui travaillent simultanément sur plusieurs Créations pour remédier à ce problème… mais moi je ne le fais que très rarement. Très curieusement, c’est souvent lorsque l’Artiste est sous pression qu’il ne peut plus se connecter à la Source de son Inspiration… contrairement aux apparences, un Artiste est un travailleur au même titre que tout autre salarié. Lire ici les tâches nous incombant… hé oui, nous aussi on a du stress… Une certaine dose de stress stimule, trop tue…

Pour terminer, rappelons-nous aussi que ne PAS tout exprimer incite le spectateur à imaginer et à rêver… donc nos pinceaux ne doivent pas obstinément tout dire…

Maintenant il est bon aussi de savoir qu’en période d’intense phase-créative, l’Artiste aura besoin de moins de pauses car son regard sera  plus juste… sa main plus souple, son pinceau plus expressif…  C’est tout à fait normal d’avoir des moments plus productifs que d’autres mais ne pas peindre ou seulement dessiner est tout aussi nécessaire que de bosser intensément.

Simplement il ne faut pas se hâter de vouloir exposer les aquarelles à peine sèches (virtuellement ou autrement)… savoir prendre du recul et analyser son propre travail comme s’il s’agissait de celui d’un tiers… est une saine habitude à prendre.

En Entreprise on a le boss qui donne son avis, on a des collèques que l’on peut consulter… un Artiste c’est un loup-solitaire… et même si parfois on s’entraide… c’est un milieu de « requins » et rares sont les conseillers vraiment altruistes… d’où l’intérêt d’apprendre à exercer une constructive auto-critique. Regarder ses anciennes peintures et les comparer aux nouvelles en fait également partie. Et parfois discuter avec des collègues, avec des galeristes, avec des collectionneurs… puis ré-examiner son travail en vérifiant que les éléments-clés évoqués ci-dessus ont bien été pris en compte…

Les Règles artistiques ne pourront être contournées, totalement ou partiellement, qu’après qu’on les ait parfaitement maîtrisées…

CHRISTIANE ALLENBACH RETOUR ACCUEILfacebook sous ALLENBACH CHRISTIANE WATERCOLOR

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