Pourquoi peindre d’après nature…

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J’ai eu la chance d’avoir des Enseignants qui soulignaient systématiquement l’importance du travail sur le motif autrement dit d’après nature, en ayant le sujet devant soi. Mais aucun n’a été jusqu’à dire à quel point travailler sur une photo peut tuer l’Art. Maintenant c’est chose faite et je vais essayer d’expliquer au mieux pourquoi…

En effet, non seulement la photo solutionne le problème du cadrage, mais en plus elle nous restitue une vision plate et amputée de la Réalité. Il faut parfois pouvoir voir son sujet sous un autre angle pour mieux le mettre sur le papier.

La cadrage « simple » se fait à la main… l’autre à l’aide d’un carton qui reprendra les proportions exactes de notre feuille de dessin par le système de la croix… On trace donc un format « réduit » qu’on évide et on regarde le paysage ou le sujet au-travers pour voir ce que l’on peut inclure pour avoir le rendu souhaité ou l’ambiance voulue.

Admettons que deux personnes, partant de zéro, apprennent les règles du dessin et de la composition et que toutes les deux travaillent correctement et aient le même niveau technique. Si l’une d’elles ne bosse que sur photos et l’autre que face à ses sujets, la première aura rapidement de belles peintures mais sera très désemparée sans support photo, n’ayant appris ni à observer ni à raisonner. L’autre par contre saura percevoir comme il faut les valeurs, les volumes, la quintessence du sujet. C’est donc au départ qu’il faut faire les bons choix quitte à se limiter dans les sujets ou à progresser plus lentement.

Beaucoup se disent artistes mais très peu de personnes arrivent à mettre correctement en scène ce qu’ils ont en face d’eux. Dans notre monde moderne souvent tumultueux et fonctionnant au Turbo, il faut savoir prendre le temps d’OBSERVER longuement.

Car seule une longue observation permet de rendre ce que l’on a perçu en y rajoutant ce que l’on ressent.

Face à la recrudescence des workshops promettant monts et merveille en trois coups de pinceau j’ai le courage d’afficher clairement que je préfère fonctionner à l’Ancienne. Cela exige que l’on s’adapte, en plein air, à la météo, au changement incessant de lumière, à la mobilité d’un sujet car on ne va pas dessiner qu’un animal qui dort… et cela exige en indoor de continuer à dessiner ou de peindre un sujet qui bouge parce qu’il doit se gratter ou qui a des tremblements musculaires lors d’une pose un brin sportive trop prolongée… Et en changeant de pose… c’est clair que plus rien ne sera pareil or on ne peut pas recommencer son dessin, il faut donc savoir s’adapter. On a aussi des surprises avec les sujets végétaux : soit ils poussent soit ils se fanent durant la phase de travail.

Au début de mes études, un petit test consistait, face à une vitrine de magasin, à observer durant une minute, puis à se retourner et à dire ce qu’on y avait vu. Certains se rappelaient de trois ou de quatres objets, les plus méthodiques de presque chaque objet mais nous tombions tous dans le même panneau : nous avions regardé avec notre cerveau gauche et notre partie mentale. Personne n’avait utilisé son cerveau droit, le seul créatif et le seul qui sache capter avec justesse les jeux d’ombres et de lumières, ainsi que les subtils reflets sur les objets ou les sujets vivants. Ci-dessous dessin blanc…

Il peut arriver qu’on soit obligé(e) de bosser sur photo mais 90 % des créations devraient être faites face au sujet, son expérience lui permettra alors de compenser ce qui manque au simple vu d’une image.

Mon petit coolpix ne me permet pas de filmer une démonstration du début à la fin mais je vais passer en revue la meilleure manière, face au sujet, de peindre par exemple un portrait. Il faut savoir qu’un vidéo-clip de cinq minutes nécessite déjà presqu’une heure de travail, alors le lecteur comprendra que je ne puisse trouver de personne qui prendrait en charge deux heures de tournage-intégral… donc… d’incalculables heures de boulot derrière l’écran.

les étapes (format raisin pour être à l’aise au pinceau large) :

  • croquis tonal (vignette) avec valeurs
  • croquis directement sur papier-aquarelle
  •  il est nécessaire de bien connaître son papier pour savoir ce  qu’il absorbe donc comment doser l’intensité du médium
  •  les pros se passent de repères, les autres peuvent en prendre
  • trait aussi léger que possible
  • l’exactitude du dessin conditionne la qualité du tableau
  •  la gestion des vides aide autant que la maîtrise du trait
  •  faire d’abord l’arrière plan ou pour un portrait de faire d’abord  son sujet auquel cas on passera en premier une sous-couche dans lescheveux : elle sera non uniforme mais dégradée…  on ombre ensuite le visage comme on le ferait par hachures en dessin (voir article : trait ou masse) donc avec la couleur prévue pour la peau mais cassée au bleu. Les zones devant rester blanches ne seront évidemment ni mouillées ni peintes. Ne pas hésiter à mettre aussi de la couleur « peau » sur la partie ombrée des yeux…
  • Le médium est appliqué dans l’humide avec un certain flou…
  • Tout de suite, on injecte des couleurs plus intenses là où il faut
  •  On peut à ce stade choisir de poser un peu de médium en arrière-plan pour faire d’intéressants rappels de couleurs et en même temps liquider ce qu’on a encore sur la palette
  •  Attention aux couleurs qui dans l’humide se repoussent !
  •  Après la 1ère couche du visage et des cheveux on attaque les éventuels vêtements (certains sujets n’en auront point…). Le travail se fait toujours dans l’humide.
  • Penser à lier le sujet à son fond du côté opposé à la Lumière et à contraster fortement côté Lumière…
  • Toujours dans l’assez-humide, marquer de foncé les plis vestimentaires. Estomper les bords qui fileraient…
  • à ce moment là et pas avant, appliquer les couleurs…
  •  penser à introduire quelques forts contrastes…
  •  rappel : l’usage d’un pinceau large nécessite… celui de tubes et pas de semi-godets.
    Sinon : prélever au pinceau synthétique et mettre sur une assiette plate mais c’est plus long.
  •  Jongler entre sec et humide pour varier le rythme et laisser entrer la lumière dans le sujet
  • Pendant qu’une zone doit sécher, passer à celle déjà sèche pour une 2ème couche…
    Exemple : les cheveux.
    Les débutants ont tendance à vouloir peindre mêche par mêche. Cela m’est arrivé… je ne le fais plus. (mais trois couches sont quand même au moins nécessaires)

  • Il faut savoir simplifier son sujet.
  • De plus des cheveux détaillés détournent le regard  de l’essentiel : le visage et son expression.
    C’est lui que l’on va détailler.
  • Rappel : une couleur de peau est « vivante », jamais uniforme partout… et l’ombre change la couleur de base…
  • penser à parfois suggérer et ne pas tout « dire »

 

En perspective ou paysage, la raison de travailler sans photo saute aux yeux… on peut faire le tour du sujet, trouver le meilleur angle, la meilleure « hauteur » (ligne d’horizon) etc… le tout sans avoir à subir les déformations que l’on retrouve sur les photos. Une photo traduit le travail du photographe en amont… pas celui de l’Artiste. A noter aussi que l’accord écrit du photographe est souvent difficile à obtenir s’il s’agit d’un pro qui en vit… et que les photos de moindre qualité ne conviennent pas à un Artiste…

Photo ou pas ?
La démarche est différente,  peu importe le sujet.

Le fait de travailler honnêtement donc lentement sans passer par les photos permet aussi d’improviser là où certains caleront… et surtout d’OUBLIER l’assistance des techniques modernes dans la production d’un travail. Lors de certains déplacements j’ai observé une méthodologie différente chez les artistes des pays à tort dits sous-développés… raisonnement, construction et dessin sont différemment faits pour un résultat non moins beau !

A noter aussi que l’Artiste exagère souvent ce qu’il aime, et cela fait l’originalité des Oeuvres. Par exemple des yeux  plus grands et plus beaux que la réalité… et qui vont faire qu’on craquera pour le tableau.

La fameuse citation de G. de Maupassant prend ici tout son sens (non je ne la cite pas, ceux qui sont intéressés sauront la trouver). Heu… non, aucun poulet rôti ne tombe tout cuit du ciel, il faut déjà se décarcasse un peu… donc concrètement éviter de s’attarder sur l’étape des calques, grilles et autres systèmes dont je parle dans ma rubrique « tout ce qui facilite la vie d’un artiste« … La compréhension est nécessaire à une construction correcte. A titre d’exemple, sur une vue aux 3/4, la différence se joue entre l’artiste-constructeur et l’artiste-reproducteur.

J’expliquerai séparément la raison pour laquelle au début de la phase « construction » tous les visages restent trop collés aux canons… à suivre…

 

CHRISTIANE ALLENBACH RETOUR ACCUEILfacebook sous ALLENBACH CHRISTIANE WATERCOLOR

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