La Laitière | interprétation aquarellée de l’huile de Vermeer

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Dans mon article : faut-il copier un Maître ou plutôt pas ? écrit en 2013 mais encore d’actualité, il était mentionné pour la partie « dessin » que les Oeuvres des Maîtres « constituent  la meilleure ressource pour apprendre à dessiner parce que les grandes décisions ont déjà été prises. Notre tâche est d’analyser ces décisions et de ne pas copier le dessin. Être en mesure de reproduire le travail n’est de loin pas aussi important que de COMPRENDRE comment le travail a été fait. »

Dans cette optique j’ai suivi A. qui dans le cadre d’un travail collectif, nous proposait un exercice sur La Laitière (à l’huile) du fameux peintre Vermeer. L’histoire de sa vie est éclairante par rapport aux conditions dans lesquelles il oeuvrait. Son décès assez jeune (43 ans) explique aussi qu’il avait de bons yeux, c’est important pour les détails surtout dans les petits formats. A noter qu’à l’époque de ce peintre néerlandais, nous étions encore loin et même très loin de l’invention de la lampe à pétrole ou de l’électricité. C’était l’époque des bougies & torches… Cet éclairage explique également les clairs/obscurs que j’admire tant chez les Anciens Peintres… qui, faut-il le rappeler, aimaient toujours restituer leur environnement familial, social, culturel & politique. Ce type de peinture constitue donc avant tout une précieuse documentation à l’époque où il n’y avais pas les médias tels que nous les connaissons aujourd’hui. Les scènes de genre de Vermeer furent très prisées, mais il a aussi talentueusement su représenter autre chose que son entourage… Formé dans une Corporation de renom, puis chez un grand Maître, Vermeer a fusionné les diverses techniques apprises pour développer un style qui lui est propre. Et, fait que j’apprécie, il prenait tout son temps pour peindre malgré une certaine précarité financière… Est ce pour cela qu’un certain mystère est traduit dans ses oeuvres ?

Il est dit que Vermeer se serait servi de caméras obscures… en particulier à cause des pointillés qu’il reproduisait méticu-leusement sur la plupart de ses oeuvres dont la fameuse Laitière. La contreplongée de la majeure-partie de ses oeuvres serait dûe à la position (sur une table) de cet instrument… La nécessité de recourir à ce système pour l’hyper-réalisme ou le figuratif est un large débat qui ne sera ici pas développé. Certains arrivent naturellement à une précision mathématique (j’en connais parmi mes contemporains) d’autres ont besoin d’aide…

Pour ma part, à mon atelier-privé, il y a une certaine distance entre ma surface de travail et mon ordinateur les fois où je travaille sur un support que l’on me fournit, et mon scanner-imprimante m’a lâchée : j’ai donc pu mesurer pleinement la difficulté qu’on a à reproduire non pas le tracé dans sa globalité, mais la matière et tous ses détails…  Il en a résulté que mon impression ne fut pas de créer quelque-chose mais de faire un PUZZLE.

J’ai choisi d’interpréter à l’AQUARELLE ce grand classique de Vermeer, qui -lui-  empâtait sa toile avant de poser son médium (de 1er choix). Le rendu n’est donc pas du tout le même, l’aquarelle étant un médium où la transparence a un grand rôle… Mais le but ici n’était PAS de faire une copie conforme. J’avais envie de comprendre un peu comment on faisait à l’époque…

Quelques constatations faites lors de l’interprétation aquarellée, mais sans entrer dans une analyse poussée de l’oeuvre originale, laquelle est reprise en Histoire de l’Art et dans les manuels spécialisés…

  • Vermeer montait la peinture dans son pinceau ce qu’en aquarelle je ne fais que rarement, préférant la superposition de couches transparentes ou le travail en technique humide,
  • la grossièreté des tissus des domestiques est difficile à rendre à l’aquarelle
  • côté composition j’ai respecté autant que faire se peut l’idée de Vermeer, sachant toutefois qu’il y a chez ce peintre contradiction voulue entre l’abaissement volontaire de la ligne d’horizon, procédé très souvent utilisé dans les manga, et point de fuite surélevé.
  • le visage est peint de manière « brute » ce qui est très difficile à rendre à l’aquarelle
  • l’original comporte certaines lignes parasites qui très curieusement n’enlèvent rien à la magie du tableau, j’en ai enlevé un ou deux pour faire d’autres erreurs… difficile exercice
  • la perspective atmosphérique se rend différemment en aquarelle qu’en huile et ici la nécessité d’utiliser une technique plutôt sèche pour rester fidèle au sujet n’avantage pas un rendu de cette perspective… pareil pour les jeux entre le net et le flou qui à l’époque n’étaient pas de mise…
  • sur le mur, difficile de dessiner les clous et trous exactement à la même place (ç’eût été plus facile sur le motif qu’en partant d’une image d’ordinateur)
  • le repentir fait par Vermeer n’est pas possible en aquarelle… mais malgré mon attention, j’ai quand même perdu la transparence si précieuse en aquarelle,
  • pour le panier accroché au mur… la question que je me pose vu le PETIT FORMAT qu’avait choisi Vermeer c’est : comment il s’y est pris pour y mettre autant de détails… a-t-il travaillé avec une loupe ???
  • j’ai intentionnellement pas trop détaillé certaines parties du tableau (panier sur la table, chaufferette au sol) pour mettre la laitière en valeur. Mais j’ai eu du mal dans mes conditions de travail (sans « béquilles ») à restituer correctement chaque détail.
  • J’avoue que l’espace d’un instant cela m’a démangée de traiter ce sujet de manière plus moderne, plus transparente mais je pense que les lieux et la morphologie du sujet eûssent alors été dénaturés…Voici mon essai, encore très perfectible mais qui m’a néanmoins beaucoup appris. Comme le veut la Loi, lorsqu’on rend ainsi hommage à un Peintre il faut que notre interprétation ait d’autres dimensions et que l’auteur de l’oeuvre originale soit mentionné sur le travail. Je le fais toujours avec grand plaisir même si je préfère peindre des sujets contemporains.

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CHRISTIANE ALLENBACH RETOUR ACCUEIL facebook sous ALLENBACH CHRISTIANE WATERCOLOR