Comment faire un portrait-robot… de mémoire

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Nous savons tous ce qu’est un portrait-robot  et  dans quel contexte on peut l’utiliser. Sur le plan artistique, il peut parfois arriver que l’on n’ait ni ses crayons en poche ni son appareil-photo mais que l’on ait tout de même envie de mettre sur papier des traits qui nous ont particulièrement marqués…

Il existe actuellement des logiciels informatiques pouvant techniquement établir un portrait-robot de face ou de profil mais ceux-ci ne sont pas… artistiques !

Etant un perpétuel point d’interrogation, et ayant justement aujourd’hui été marquée par un visage en particulier,  j’ai voulu faire une autre démarche que d’habitude, où je pars d’une observation méticuleuse et, en passant par les canons, j’essaie de mettre au mieux cela sur papier. Je ne parle ici pas d’un portrait aquarelle tel qu’il est fait en atelier… mais des études et esquisses comme on pourrait en faire  en déplacement et sur le vif. Voici donc cet exercice… heu pas évident on va dire… mais faisable…

Travailler sur un être vivant dans la rue ou dans un endroit public est tout un sport, on est souvent debout et pressé car le sujet bouge…

Tenter d’établir un portrait robot nécessite quelques aptitudes et démarches que je vais ici tenter d’expliquer pour qui voudrait se laisser tenter…

  • la sélection
    • bien que souvent je désespère de n’avoir pas le temps de dessiner tout ce que je vois ou tout ce que j’aime… je fais une sélection de ce que je mets sur papier. Celle-ci peut  se baser soit sur une pure technique lorsque par exemple je travaille sur un sujet particulier et que celui-ci se présente devant moi… soit alors une émotion lorsqu’un sujet (objet, animal, humain) me rappelle quelque-chose de particulier.
  • le regard de l’artiste
    • Le regard d’un artiste est différent du regard de la masse. Il s’apparente un peu au regard du photographe mais en mieux. En effet le regard technique du photographe est une interface entre sa réaction face à un sujet et son envie de faire fonctionner son appareil. Le regard d’un Artiste capte parfois la quintessence de son sujet… et pendant que la partie droite de son cerveau enregistre ces informations, la partie gauche de son cerveau est en train de brasser les données techniques : comment mettre ceci sur papier… l’idéal étant bien sûr que les deux parties travaillent en harmonie ou dans une saine alternance.
      J’avoue que je mets souvent des lunettes teintées  lorsque je sors car mon regard d’Artiste est mal interprété. Fixer une personne de manière soutenue, en l’absence de papier pour dessiner, est mal compris… et à l’heure où tout le monde ne jure que par la productivité et l’efficience il n’est pas bon de se démarquer en s’intéressant aux lignes, formes, couleurs, personnalité ou Âme… Dessiner mentalement un contour doit donc se faire discrètement… mais avec zèle car la main n’est que le prolongement du cerveau…
  • apprendre à la main à rendre ce que l’on perçoit
    • travailler régulièrement
    • dans le cas d’un portrait robot, sur base des canons et de l’angle de vue (face, profil, trois-quarts) on tentera de dessiner au crayon quelque-chose qui se rapproche de l’image qui s’est imprimée en nous
    • de même que si on nourrissait un logiciel… au crayon on change un par un les yeux, le nez, la bouche… jusqu’à ce qu’au final on obtienne un résultat satisfaisant et ressemblant à ce que l’on souhaitait fixer.
  • En perpétuelle « évolution » et consciente des progrès restant à faire pour un adulte (car les enfants ont les capacités d’observation nettement  « plus » développées) je tente néanmoins régulièrement cet exercice de mémoire.

Pourquoi vouloir dessiner sans avoir son sujet devant les yeux ?

L’utilité première pour moi c’est que je me suis rendue compte que j’avais énormément d’esquisses inachevées du fait que le sujet a bougé trop tôt… J’ai donc trouvé dans cet exercice non seulement la joie d’arriver à re-créer quelque-chose… mais aussi l’assurance de pouvoir finir mes esquisses entamées si le coeur m’en dit. Je précise que je n’ai pas toujours envie de terminer car cet aspect inachevé ouvre la porte à l’imagination et fait rêver. En Art c’est important. Mais savoir que si je veux, je peux terminer, c’est bon pour le moral. L’Art n’est pas que don & aptitude, il est constitué de 90 % de boulot !!! alors à vos crayons !

Mettre un sujet préalablement observé sur papier après un certain laps de temps et sans support nécessite un peu de mémoire mais pas autant qu’on pourrait le croire. Faire de manière automatique quelques « associations » peuvent grandement aider le crayon à trouver des automatismes et on a alors l’impression que le dessin prend vie tout seul… Avoir d’abord une vue globale puis une vision intérieure des détails permet de restituer correctement quelque-chose pour peu qu’au départ la concentration ait été suffisante.

Voici quelques exercices pour arriver facilement à faire un portrait robot…

Dessins & esquisses rapides

Je l’ai inventé dès que j’ai eu internet… en suivant sur le web ce que deviennent mes amis… il faut donc : un ordinateur, du papier, des crayons ou mines-graphite.

En 3 mn chrono, dessiner des sujets tels que des animaux, des fleurs, des vases… Veiller à aller à l’essentiel en commençant par des traits aussi corrects que possible, et n’ombrer que s’il reste du temps. Penser que le trait juste est prioritaire par rapport aux ombres et au modelé. Un modelé sur un sujet « faux » est du plus désastreux effet…
Cet exercice est un bon entraînement pour acquérir une vision globale d’un sujet, sans trop entrer dans les détails…


Exercices de concentration et de mémoire

Me rendant compte que l’exercice précédent pouvait rebuter ceux qui se lancent dans le dessin, voici une version simplifiée de l’exercice. Même ceux qui dessinent déjà bien ont avantage à la pratiquer au moins une fois par semaine durant une demi-heure.

Travailler sur le motif (indoor ou outdoor) et PAS sur base d’une image. S’aider de mon système cartonné pour délimiter le sujet.
Nous avons donc (idéalement) un sujet simple, par exemple des fleurs en plein air. En voici la photo :

Délimiter le sujet avec ce système, sachant que notre support aura les mêmes repères. Au début on tracera les lignes, par suite seulement les quatre coins… puis ces repères existeront seulement mentalement…

Dessiner de manière simple les contours du sujet ainsi que  tout ce qui touche les bords de notre cadre… C’est un travail d’OBSERVATION, pas de dessin alors faire passer la concentration avant le reste… Ceux qui n’ont pas l’habitude de dessiner avec la partie droite de leur cerveau gagneront à compartimenter leur « rectangle » par le biais d’une croix allant à chaque « coin »…

 

La colorisation est facultative… personnellement je n’en vois pas l’intérêt dans le cadre de cet exercice.

Une fois cet exercice devenu une habitude… on passera à la phase suivante consistant, une fois le sujet « cadré » sur papier… à observer longuement le vrai sujet… et à essayer de restituer ensuite le dessin en s’aidant des points de repères notés mentalement… mais sans plus regarder le dessin.

Exemple de ma réalisation et de celle d’un « cobbaye » en train d’apprendre la technique, au potentiel prometteur. Je l’ai fait marquer en rouge les repères faisables à partir de la division de feuille par croix…


Au début on ne va pas chronométrer ces exercices de mémoire et de concentration, on va juste chercher à faire vite. Puis petit à petit, l’objectif est d’arriver à 90 secondes, quitte à se contenter d’une esquisse inachevée.


Ceux qui préfèrent garder trace de leurs croquis pourront bien sûr choisir un carnet… voici l’un des miens, de Fabriano. Il fait 15,5 cm sur 21 cm et est aussi pratique à emmener mais… les feuilles sont minces donc pas question d’utiliser recto-verso les pages. J’ai un petit carton pour éviter d’abîmer la page suivante…

Un test pour savoir si l’exercice est réussi… c’est de le montrer à… des enfants. Leur réaction sincère et spontanée est parfois éloquente… ou alors indique qu’il y a encore des progrès à faire. Les miens sont parfois « caustiques »… mais ils ont l’oeil très technique.  Sinon, un adulte « neutre » peut aussi vérifier que les formes mises sur papier restituent bien le sujet dessiné. La beauté ici n’entre pas en ligne de compte. L’exercice a pour but d’augmenter dans notre cerveau la « RAM » par comparaison à la capacité Random Access Memory d’un ordinateur. Le stockage temporaire du cerveau est à comprendre comme un tiroir où l’on mettrait les informations destinées à servir pendant un court laps de temps… Un autre exercice du même style consiste, en ville, à fixer une vitrine de magasin une seule minute puis à réciter par coeur le nombre d’objets que l’on aura pu retenir… avec bien sûr un témoin pour vérifier, sinon se les noter et contrôler…

Ces exercices alternatifs permettent à l’Artiste de finir un oiseau qui se serait envolé avant que le dessin ne soit terminé et dans le cadre de l’exercice du jour, à finir notre fameux portrait-robot car le sujet bien sûr ne sait même pas qu’il aura fait l’objet d’un travail artistique…

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