Aquarelle et erreurs d’appréciation…

En tant que vivant point d’interrogation… je n’ai jamais fini d’apprendre et j’étudie actuellement, entr’autres, l’histoire de l’Art. Elle se définit comme étant l’étude des oeuvres dans l’histoire, en incluant leur sens, leur technique, la reconnaissance artistique du public, le contexte historique, culturel, psychologique voire économique/politique…

On ne saurait passer par là sans aborder aussi les classifications en Art, qui divergent selon les pays et les époques…

Je souhaite aujourd’hui en extraire un point particulier qui me touche de près en tant qu’Aquarelliste… c’est que dans nos contrées, hélas, l’Aquarelle a toujours tendance à être considérée comme un Art mineur… alors qu’ailleurs elle est classée Art-Majeur…

 Wikipédia définit l’Art mineur comme étant « toutes les formes d’art figuratif qui ne sont ni peinture, ni sculpture, ni architecture » et son image de peinture « fugace » lui colle à la peau… car il est vrai que l’Aquarelle permet de faire mieux qu’avec n’importe quelle autre technique, des études/croquis/carnets de voyage.

En raison d’une soit-disant instabilité de pigments, les grands investisseurs européens s’orientent plutôt vers l’acrylique et l’huile. La  conservation est l’un des arguments souvent mis en avant par la clientèle…  quelque soit le niveau d’investissement. Il appartient donc à l’Artiste de ne choisir que des pigments offrant un maximum de garanties à ce sujet…  Ceci dit, dans les pyramides on a retrouvé des aquarelles intactes… ce qui devrait écarter les doutes du grand public par rapport à la conservation de longue-durée… Je remarque en passant que les huiles présentent aussi des risques de conservation et j’ai vu des huiles craquelées ou présentant des irrégularités en surface… à cause des siccatifs ou autres produits qu’on y avait incorporés de manière non uniforme… Pourtant l’huile continue à attirer la masse… et dans les expositions aux techniques mixtes, l’aquarelle est hélas souvent le parent-pauvre… tant aux yeux du public non averti que du Jury. Les « huiles » ou scuptures raflent souvent injustement les prix… par rapport aux compétences purement techniques de l’Artiste (au niveau composition, technique-du-médium, créativité)…

Il faut savoir que depuis une vingtaine d’années, de nouveaux pigments d’Aquarelle offrent une résistance à la lumière exceptionnelle… et si une aquarelle est conservée dans de bonnes conditions elle ne s’altérera pas. (pour info, en cas de vente je fournis à la fois le certificat d’origine et les consignes de conservation). Les vernis par contre sont à proscrire car ils finissent par ternir le travail.  Les Grands fournisseurs présentent à leurs client des tableaux permettant de choisir son médium en fonction des particularités que l’on recherche, comme justement la permanence. Exemple pour W&N (mon médium préféré, suivi de très près par Schmincke et Sennelier)

Etant puriste, je ne réserve aussi les addififs divers que pour mes cartes postales, décors de chambres d’enfants etc… et bien sûr je privilégie le support « papier » plutôt que la toile même si elle est à la mode en ce moment.

Ce n’est pas parce que de grands Artistes faisaient leurs « études » à l’Aquarelle avant de passer à l’huile que cette technique pleine de subtilités et de transparences doit être considérée comme un Art-mineur. Voici quelques peintres connus (liste non exhaustive) ayant beaucoup ou totalement travaillé à l’aquarelle :

Blanche Odin                  
Cézanne
,
Cotman (dont W&N a donné le nom à une série de godets),
Cox (David)
Delacroix,
Picasso,
Turner,
Van Gogh

En fait, l’aquarelle est le médium qui nécessite le plus de connaissances techniques, de savoir-faire… et rares sont ceux parmi les artistes contemporains qui arrivent au niveau technique d’un Turner… pour  ne citer que l’un des meilleurs.

Concrètement, pour l’Aquarelliste contemporain, les répercussions sur ces erreurs de jugement par rapport à l’Aquarelle sont dramatiques…

A titre d’exemple, dans un logiciel de cotation assez connu, une oeuvre de 40×40 (pour un artiste ayant déjà fait quelques expos perso et une douzaine d’expos collectives) se vendra en moyenne à 218 € si c’est une huile, à 192 € si c’est une acrylique et à seulement 133 € s’il s’agit d’une Aquarelle. Pour un format double-raisin, l’huile se vend en moyenne à 800 €, l’acrylique à 700 € et l’aquarelle à seulement 500 €.

Sorry mais ce n’est pas juste sachant que l’Aquarelle prend trois fois plus de temps et nécessite trois fois plus de compétences techniques… car tout doit être mûrement réfléchi dès le départ, il n’y a pas ou peu de « repentir » avec ce médium…

Cette erreur d’appréciation est hélas courante et un très grand nombre d’Aquarellistes se plaignent, notamment lors des expositions, de rester les parents-pauvres dans la catégorie peintures…

C’est plus que décevant… il vaut bien mieux choisir des salons réservés à l’Aquarelle…

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CHRISTIANE ALLENBACH RETOUR ACCUEIL facebook sous ALLENBACH CHRISTIANE WATERCOLOR